Un Fantôme américain / Hannah Nordhaus. - Plein jour, 2017

« Je crois aux fantômes. Je crois au pouvoir du passé. Je crois que nous pouvons être hantés. » p. 352
Dans les années 1970, un hôtel de Santa Fe (Nouveau-Mexique) portant le nom d’Auberge du repos connaît de multiples manifestations d’un fantôme qui harcèle personnel et clients. Il s’agirait de Julia Staab revenant dans ce qui fut sa maison de 1882 à 1896. L’auteur, étant son arrière-arrière-petite-fille décide de découvrir qui elle était, ce que fut sa vie et celle des siens. Nous nous retrouvons ainsi dans le milieu des juifs-allemands émigrés en Amérique lors de la seconde moitié du 19ème siècle, dans ce qui n’est pas encore un état américain et où se côtoie une population bigarrée comportant nombre d’Hispaniques et d’Indiens. C’est l’histoire d’une jeune fille distinguée égarée en plein far west… On assiste au développement de Santa Fe après 1880 : arrivée du train, de l’éclairage public au gaz, de la première ligne de téléphone, construction de la cathédrale… On se rend compte de ce qu’était encore l’état déplorable de la médecine, de ce que fut la naissance et le développement du spiritisme… La stature d’Abraham Staab (d’indigent il deviendra l’un des hommes les plus riches et les plus influents du Nouveau-Mexique), le mari de Julia, permet à travers la presse locale et les journaux de particuliers de deviner Julia en creux. Et puis, petit miracle, il existe un journal intime de l’arrière-grand-mère de l’auteur couvrant deux années. Auteur qui ne renonce à rien dans sa quête, sa volonté démesurée de savoir et de comprendre, ni au test ADN, ni à la bagatelle d’une demi-douzaine de visites à divers médiums. C’est que, au-delà d’un travail scientifique d’analyse des textes et du contexte de l’époque, elle recherche comme une perception intuitive, une communication d’âme à âme. Comme pour illustrer l’idée qu’émigrer ce n’est pas changer de lieu mais changer d’histoire, dans un douloureux parallèle avec celui des pionniers américains, nous assistons aussi, en Europe, à l’holocauste et à la disparition d’une partie de la famille. J’adore la démarche, la richesse de la matière brassée, la force d’évocation et les réflexions un tantinet vertigineuses que cela entraîne. Passionnant ! Coup de coeur.


Avis : ***

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