Coeur de bois / H. Meunier ; R. Lejonc. - Notari, 2017

Aurore se prépare pour une balade dans la fôret avec un vieillard impotent. « La plus belle, c'est moi. Et merde à Blanche-Neige ! » Oui, Aurore est une jeune femme bien dans sa peau, qui gère sa vie de manière assurée, épanouie. Nous la suivons au cœur du bois et découvrons le vieillard : un vieux loup grabataire, autrefois puissant. « Je ne comprends pas vos attentions pour moi qui, naguère, vous ai dévoré toute crue. » Aurore expliquera ce pardon, cette résilience : « Je veux être assez forte pour pouvoir aimer. Même vous. »
Un conte détourné aux couleurs sombres et ouatées mais d'une force impétueuse : Aurore prouve avec maestria que l'on peut terrasser le mal, reprendre le pouvoir sur sa vie sans besoin de vengeance, sans haine. 

The Rain / V. Bergin. - Bayard, 2017

Ru était à une soirée, venait d'embrasser un beau gosse populaire, la vie était belle. Et en quelques heures, les morts se sont accumulés autour d'elle. Il faut désormais intégrer l'idée que la fin du monde est annoncée, la menace provenant d'une pluie contaminée par des bactéries. Quelques gouttes sur les chairs et la mort vous emporte en quelques petites heures.
Ru, jeune fille un peu râleuse jusque là surtout préoccupée par sa popularité, son apparence, en somme sa vie sociale, va devoir apprendre à ne compter que sur elle-même. Mais ce qu'elle découvre dans ce chaos, c'est qu'elle ne peut pas, ne veut pas ignorer les souffrances, lutter pour sa propre survie au détriment des autres. Ru va développer des ressources insoupçonnées, des capacités propres d'autant plus vitales que l'État se montrera... défaillant ? Cyniquement pragmatique ? À la solidarité des uns répondra l'utilitarisme des autres, sans manichéisme néanmoins. 
L'eau est omniprésente, celle, encore saine, que l'on recherche avidement pour étancher la soif, celle que l'on apprend à redouter - The Rain- pour échapper à la mort.
Le ton se veut badin, distant, l'histoire racontée comme si elle pouvait être adaptée au cinéma mais malgré l'humour, l'angoisse est bien là. Avec un message à rappeler : « Vous avez énormément de chance d'être encore en vie. Mais ça, vous le savez déjà, pas vrai ? »
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Sirius / S. Servant. - Rouergue, 2017. - (Epik)

Il n'y a plus grand monde sur terre. Avril et Kid, réfugiés depuis des années dans une cabane en haut d'un arbre ne voient que Madame Mô, régulièrement. Mais bientôt, il faut fuir car Darius a retrouvé leurs traces.
C'est un monde apocalyptique qui cumule toutes les catastrophes. Le dérèglement climatique est poussé à son paroxysme ; un terrible virus a frappé de stérilité toutes les espèces, animales ou végétales, virus véhiculé par les animaux. Ou les réfugiés. Peu importe, il faut un coupable.
Pour précipiter un peu plus vite encore « le monde dans la folie et la mort », s'ajoute une guerre où l'on s'en prend donc aux animaux, éradiqués massivement par l'homme, aux réfugiés, stigmatisés et parqués. Et puis il y a ces messies fous, les étoiles noires, qui tuent pour hâter le dessein de dieu. Oui la fin du monde semble si proche, même le ciel se vide de ses étoiles.
Mais Avril résiste, essaie d'élever Kid du mieux qu'elle le peut et Kid s'avère être un gamin étonnant, d'une bienveillance, d'une détermination et d'une générosité qui tranchent pour le moins avec l'état du monde. Il attire à lui quelques rares animaux survivants et refuse d'en faire de la nourriture, malgré la faim. A leur contact, Kid oublie peu à peu  « le langage et les manières des hommes », communiquant toujours plus profondément avec les quelques animaux qui l'entourent. Kid « l'enfant-animal » et les animaux, en symbiose, semblent savoir où aller. 
Un roman post-apocalyptique qui nous renvoient aux problématiques actuelles : les réfugiés, les intégrismes en réaction à la « déchéance du monde », la surexploitation des animaux traités comme des objets, le nucléaire... autant d'enjeux liés qui pourraient causer notre perte. Kid lui, a choisi d'envisager le monde comme un « même Livre vivant », de vivre et d'être « comme s'il était lui-même un animal (...) peut-être que c'est le futur de l'homme. La seule façon de survivre. »
 « Le monde ne lui avait jamais paru aussi beau que 
depuis qu'elle avait compris qu'il était en train de disparaître. » 

« Un jour peut-être, les hommes s'étaient crus différents. 
Parce que tout leur appartenait. 
Parce qu'ils avaient le pouvoir de vie et de mort sur les autres espèces. 
Mais à présent, à présent, ils étaient nus et grelottants, 
comme au premier jour du monde. » 
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À quoi tu ressembles / M. Wiéner. - Rouergue, 2017. - (DoAdo)

13 nouvelles au rythme de l'année, pour suivre 10 ados (9 garçons et 1 fille), et en creux, leurs parents. Des ados qui ont des vies classiques, que l'on découvre individuellement et en groupe (permettant des résonances entre les nouvelles et leur apportant une densité), en famille, au collège et entre potes... Ils découvrent l'amour, s'interrogent sur leur avenir... « Grandir, c'est clairement marcher vers la liberté brute et jouissive. »
Il arrive néanmoins que dans leur rapport aux adultes, l'impatience des ados se trouve biaisée, voire sapée. L'intrusion du monde parental ou adulte dans l'univers de ces ados qui, tout en se construisant doivent composer avec les  erreurs, doutes et fragilités de leurs parents, provoquent frustration, incompréhension, voire sentiment de trahison. Les adultes ont l'art de jeter un froid, d'installer un malaise qui tranche avec la fougue et la sincérité des jeunes. Qui vont devoir perdre leur candeur.
Mais par-delà cette gêne, l'amour des parents transparaît indubitablement. Notamment dans la dernière nouvelle, la seule donnant la parole à un parent, 10 ans plus tard et apportant la preuve qu'il faut faire confiance à ses enfants.
L'interview de Magali Wiener
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Les mots d'Emile / V. Cuvellier ; R. Badel. - Gallimard, 2017

Émile ne vit pas ici une nouvelle aventure mais se décline dans l'exercice de l'abécédaire. Éprouvé par la logique propre d’Émile et l'humour décalé de l'auteur, l'abécédaire ne ressemblera à aucun autre avec par exemple des C comme croûton -Émile les aime tellement qu'il « met même des croûtons dans ses croûtons » - et Z comme zobi parce c'est tellement bien de dire des gros mots. Pour sûr, vous ne trouverez ce X dans aucun autre abécédaire !
On retrouve l'alliance parfaite entre texte pince-sans-rire et illustration désopilante du tandem Cuvellier-Badel.

Nerval, l'inconsolé / D. Vandermeulen ; D. Cazenave. - Casterman, 2017

Vandermeulen et Cazenave nous dépeignent, dans cette BD biographique, la vie dissolue du poète romantique Gérard de Nerval : Poète mélancolique devenu fou qui trouva la mort de façon tragique. Reconnu pour sa traduction du Faust de Goethe, il ne parvient pourtant pas à se faire un nom de son vivant contrairement à ses amis écrivains (Théophile Gauthier...) ou artistes.
Très bonne BD qui raconte les étapes importantes de la vie de Gérard de Nerval : chaque étape ayant en préambule une phrase d'une des œuvres du poète (Voyage en Orient, Filles de feu) ou de ses correspondances. Les auteurs mettent aussi en perspective ses problèmes de relation avec les femmes.
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Betty Boob / V. Cazot. ; J. Rocheleau. - Casterman, 2017

A la suite d'une ablation du sein gauche, Élisabeth voit son monde s'écrouler. Elle perd son emploi, son copain qui accepte mal la nouvelle situation. Elle essaye de remplacer le manque de ce sein en utilisant une pomme puis un faux-sein. Pour couronner le tout sa perruque s'envole. Mais cette situation ne dure pas car elle se voit embarquée, malgré elle, dans l'aventure d'un cabaret. Elle devient alors Betty Boob.
BD qui traite avec humour d'un sujet grave, sérieux : celui du cancer du sein, sans tomber dans la caricature. Les auteures ne cherchent pas à dramatiser. Le scénario, quoique peu présent, est bien ficelé, teinté d'humour. Le titre en est le reflet (référence à Betty Boop) ainsi que la chanson. Le graphisme de Julie Rocheleau est explosif : les couleurs chaudes, qui invitent à la joie de vivre, sont dominantes.
Très bonne BD, qui certes traite encore de maladie, mais sans être fataliste. Elle insiste sur l'espérance et l'optimisme.


Panama Al Brown / J. Goldstein. ; A.W Inker. - Sarbacane, 2017

Jacques, journaliste, menacé de licenciement se voit proposer une dernier chance : celle de couvrir l'entrée officielle de Jean Cocteau en 1955 à l'Académie Française. Lorsque, dans son discours, Cocteau fait référence à Panama Al Brown, Jacques remarque qu'un journaliste furieux quitte l'Académie Française. Intrigué, il demande à ce dernier quelques explications. Croyant tenir un intéressant sujet, Jacques réussit à convaincre son rédacteur en chef de lui donner carte blanche. Ainsi Jacques part sur les traces de Panama Al Brown, né Alfonso Al Brown, champion du monde catégorie poids mouche mais aussi musicien.
Excellente BD qui met en lumière une fois de plus un champion de boxe. Le scénario de Jacques Goldstein est agrémenté de chansons de l'entre-deux guerres. Le graphisme d'Alex W. Inker présente avec talent le milieu sombre de la boxe ainsi que l'atmosphère des nuits parisiennes et du Bronx.

Une année dans les bois / H. D. Thoreau. - Plume de carotte, 2017

L'album reprend des extraits de Walden, livre-témoignage d'Henry David Thoreau qui a passé deux ans en solitaire dans la nature. 
Il dit la volonté de simplicité, au rythme de la nature et des animaux, l'ascèse d'une vie à la mesure de ses besoins, à l'écoute de ses aspirations les plus sincères. Une vie de modestie et de sagesse, en harmonie avec le monde.
Quelle formidable idée que Plume de carotte ait décidé de publier pour les plus jeunes cette adaptation d'un grand classique dont le message écologiste et minimaliste est à écouter plus que jamais. 
Une initiative salvatrice à encourager !
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La loi du Phajaan / J.-F. Chabas. - Didier, 2017

Kiet devenu vieil homme raconte : alors qu'il n'était qu'un enfant de 10 ans, il se voit confier un jeune éléphant dont il devra briser la volonté. La loi du phajaan. Pour cela, il faut exercer une violence répétée sur l'animal majestueux, aux endroits les plus sensibles, le priver d'eau et de nourriture. Kiet a le sentiment profond d'être dans l'immoralité, dans l'injustice. Mais il n'est qu'un « garçon au jugement balbutiant » et obéit à son père, dans « la plus grande honte et le plus immense chagrin de toute (son) existence. »
Si le phajaan est si éprouvant à lire, c'est que Jean-François Chabas se met dans la peau de l'éléphant : la pire des violences n'est pas physique mais se situe bien dans l'effroi émotionnel de l'éléphant, à la vie sociale très élaborée, anéanti de voir les siens assassinés sous ses yeux.
Les réalités décrites datent d'il y a plus d'un demi-siècle mais le narrateur rappelle que les techniques restent inchangées. « Maintenant on électrocute aussi les éléphants pour les dresser afin que des touristes montent dessus faire leur petit tour glorieux. »
Comme dans ses derniers romans, Jean-François Chabas sonde et explore dans ses moindres détails un événement, qui met en lumière une vie entière racontée beaucoup plus brièvement. Le texte est très fort, la violence décrite insoutenable, à connaître néanmoins pour ne plus en être complice. Elle est néanmoins atténuée par la rédemption annoncée du narrateur.

Le cheval qui galopait sous la terre / T. Dedieu. - T. Magnier, 2017. - (Petite poche)

Petit-Jean, 13 ans, est impatient de rejoindre la mine, non pour la fierté de faire comme son père mais pour rejoindre Grand-Gris, le cheval qu'il aimait tant et a été vendu soudainement à la Compagnie des Charbons. Il peine à reconnaître l'animal, zébré de coupures, terrorisé de ne plus voir la lumière du jour. Bientôt les heures de complicités sous terre ne suffisent plus, il faut trouver une solution digne.
Texte court au style heurté, au plus près des émotions et sensations du cheval.
Un bémol : quel dommage de glisser au détour de ce texte « Il est plus bête qu'un animal » lorsque le texte prouve manifestement toute l'intelligence des animaux.

Grand Ami / J. Hoestlandt. - T. Magnier, 2017. - (Petite poche)

Après un naufrage, Zahyu se retrouve sur une île avec pour seule compagnie un ours. Un ours si bon, si protecteur qu'il devient Grand ami. Ils échangent leurs savoirs, deviennent de plus en plus complices, par delà leurs différences, l'une des plus importantes résidant dans la notion de trésor. Grand Ami a du mal à comprendre le concept d'or, d'argent, le seul trésor à ses yeux étant le miel et le soleil. D'hibernation en hibernation, Grand Ami vieillit et Zahyu grandit, ce dernier ressentant le besoin de voir d'autres horizons. 
L'amitié qui lie l'ours et l'enfant est aussi belle qu'est douloureuse la faille qui se creuse au fur et à mesure que l'enfant devient homme. Comme si, s'arrachant à l'enfance, il perdait sa capacité à savourer les joies simples de l'amitié confiante et de la nature.

Les tototes de Toni / M. Jönsson. - Ecole des loisirs, 2017. - (Pastel)

« Ça suffit ! Les tototes, c'est pour les bébés loups. » A la sentence, le papa de Toni ajoute le geste radical de couper la totote en deux. Et même pire par la suite. Mais Toni est malin, déterminé et ne se laissera pas dicter sa conduite !
L'album revendique le droit aux enfants de prendre eux-mêmes leur décision, de grandir à leur rythme !

Hector et le colibri / N. J. Frith. - Casterman, 2017

Hector et Colibri sont copains. Vraiment. Mais quelques fois, Hector voudrait un peu de silence, de paix, d'espace et de solitude. C'est avoué, il aimerait que Colibri lui lâche un peu la grappe. Message que Colibri a du mal à comprendre, pour le bien, finalement, d'Hector.
La mise en page est à la hauteur de l'énergie du colibri, aux couleurs de la jungle et au diapason de l'amitié, la vraie : fluctuante mais inconditionnelle.
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L'abri / C. Claire ; Qin Leng. - Bayard, 2017

La tempête s'annonce, la famille renard se prépare : elle met des vivres de côté, alimente le feu, tout le monde est à l'abri, l'esprit en paix. Sauf Petit Renard : « Et si des gens sont dehors ? » De fait, on frappe à la porte. Petit Frère et Grand Frère demande l'hospitalité en échange d'un peu de thé. Le refus est ferme et répété. Petit Renard, en aparté, fera un geste. Les deux frères repartent donc tandis le vent fait place à la neige... 
Un album très sensible qui rend bien compte du souci de cette famille de se protéger mais en pose les limites avec ce personnage de Petit Renard. Et si l'empathie ne suffisait pas à convaincre de la légitimité de la solidarité, la chute pose cette équation : on a toujours besoin d'autrui un jour ou l'autre. Et cela rend la vie tellement plus agréable.
Couleurs automnales et trait doux pour une histoire si simple, si juste.

Le chien de la bibliothèque / L. Papp. - Circonflexe, 2017

« Je n'aime PAS lire ! » D'entrée de jeu ! Les choses sont claires, catégoriques, néanmoins précisées par la suite : « Je déteste PARTICULIÈREMENT lire à voix haute. » Et pour cause : butant sur les mots, Madeline ne reçoit que les encouragements de la maîtresse, jamais l'étoile de félicitations. Mais la bibliothécaire va trouver un moyen subtile de réconcilier l'enfant avec la lecture.
Une histoire relayant une méthode existante s'appuyant sur le caractère patient et bienveillant des chiens qui jamais ne jugent. 
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L'ours qui fixe / D. Beedie. - Didier, 2017

Personne n'apprécie d'être fixé sans préambule, sans un mot qui plus est. C'est malheureusement la fâcheuse tendance de cet ours qui se trouve fortement décontenancé lorsqu'il comprend que cette attitude dérange et agace les autres. Tout ce qu'il voulait, c'était entrer en relation avec eux... Une petite grenouille lui expliquera tous les bienfaits d'un simple sourire.
Méthode toute simple pour vaincre sa timidité, nouer des liens sociaux, et renforcer par là-même sa confiance en soi.

La patience du héron / E. L'Homme ; L. Bihorel. - Gallimard, 2017

Mizuki est orpheline, n'a plus qu'une seule attache : la promesse de Shinzo qui, avant de partir en ville « lui avait dit qu'un jour il l'épouserait. » Elle part donc à sa recherche, mais il y aura bien des épreuves avant les retrouvailles, sans que Mizuki renonce jamais à rendre service par ailleurs, figure de patience et de bienveillance.
La double page finale raconte la genèse de l'histoire, la rencontre entre Eric L'homme et Lorène Bihorel, plus connue pour ses spectacles de dessin sur sable. Les résonances avec l'histoire rajoutent à la valeur de l'album puisqu'il y a quelque chose de l'ordre de la relation maître/élève entre eux avec cette valorisation de la patience, cet album étant né 12 ans après leur rencontre. 

La Ville sans juifs : un roman d'après-demain / Hugo Bettauer.- Belfond, 2017. - (Vintage)

"Après la grande expulsion, tout Vienne se transforme en un camp de porteurs de croix gammées." p. 115
Que raconte ce roman écrit en 1922 par un Juif autrichien ou un Autrichien juif ? En 1922, dans une Vienne à la situation financière délicate, on porte au pouvoir un parti dont le grand projet est l’expulsion de tous les juifs d’Autriche sous six mois maximum. A cette fin, des cohortes de trains prioritaires seront spécialement affrétées. Nous assistons aux réactions de divers personnages (commerçants, politiques…) et à leur versatilité dans le temps. Le tout est accompagné des agissements chevaleresques d’un juif revenu en Autriche dissimulé sous l’identité d’un Français et est porté par une histoire d’amour entre lui-même et une jeune autrichienne. Il serait fort exagéré de prétendre qu’il s’agit d’un objet littéraire d’un intérêt majeur. Cependant relire aujourd’hui ce texte est assurément étrange, d’autant plus en observant le télescopage des dates. Le roman est publié en 1922 tandis qu’Hitler prend la tête du parti ouvrier allemand national-socialiste en 1921 et tente un putsch en 1923. En 1925, alors qu’Hitler a été libéré et termine la rédaction de Mein Kampft, Hugo Bettauer est assassiné par un membre du parti nazi. Pour Bettauer, les juifs quittent pacifiquement en train le pays et, comme il est évident que la raison ne peut que triompher au bout de quelques années, la population autrichienne réclamera bientôt leur retour. Quant à l’Allemagne, elle ne sera jamais assez idiote pour se fourvoyer dans un tel comportement de rejet. On le voit l’aspect prémonitoire est saisissant mais tout de même très partiel. Aux yeux de l'Histoire, il fait même carrément preuve d'un optimisme aveugle !
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Avis : **

L'aube sera grandiose / A.-L. Bondoux. - Gallimard, 2017

Ce soir Nine devait participer à une soirée avec ses amis. Mais sa mère Titania en a décidé autrement, la kidnappe sans une explication. Après quelques heures de route, elles arrivent dans une cabane au milieu de nulle part, le réseau fait défaut, le crépuscule guette. L'heure des explications est venue. Sur la raison de leur présence ici, sur leur histoire familiale. Nine apprend qu'elle a des grands-parents vivants, des oncles. Rien d'une famille classique cependant : leur enfance a été jalonnée de déménagements aussi soudains que déchirants, avec à chaque fois un sentiment de dislocation pour chacun des enfants. Mais leur mère, Rose-Aimée possède un « incroyable désir de vivre que rien ne pourrait empêcher. Pas même le chômage. Pas même la pauvreté. Pas même la solitude. » Alors, avec « sa fantaisie, son culot, cette lumière qui émanait d'elle », elle traverse avec ses enfants « le monde, tel qu'il est : avec son infinie beauté, et son lot d' emmerdements. » 
La nuit entière sera nécessaire pour traverser toute l'histoire de Titania, les transitions étant assurées par des retours au présent et des évocations de la vie de Nine. Les révélations sont nombreuses, brutales, vertigineuses même mais Titania promet : L'aube sera grandiose.
Anne-Laure Bondoux est décidément une conteuse hors pair, nous sommes accrochés à ces histoires de vie incroyables, et surtout aux personnalités si fortes de vie, de confiance en l'avenir. 
Comme un clin d’œil à la relation Titania-Nine, c'est Coline Peyrony, fille d'Anne-Laure Bondoux qui illustre le roman.
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