Une journée avec mon petit frère / S. Ahmed Backström. - Cambourakis, 2017

C'est Grande-soeur qui s'occupe aujourd'hui de Petit-frère. Elle doit le déposer à l'école, avant de se rendre en cours. Mais pourquoi s'en tenir à ce programme tristounet ? Et si Petit-frère venait au collège ? « Maternelle ou collège, ça revient au même ! » Après quelques heures, l'ennui guette à nouveau pour tous deux, direction le centre ville ! Bibliothèque, relooking, discussions... tant de découvertes préférables aux « bébés qui se bavent dessus » et aux « devoirs et contrôles ».
Déambulation très plaisante, pleine de liberté et de fantaisie, de ces sœur et frère qui bousculent leur quotidien. L'une a la peau claire, l'autre noire, leurs yeux bleus pointant dans la même direction ou se regardant l'un l'autre avec intensité et complicité.

Y'a rien ! / B. Charlat. - Casterman, 2017

Petite mouette prend les membres de sa famille à témoin, à tour de rôle : malgré ses efforts, Y'a rien dans la cuvette des toilettes. Le lecteur pourra également le constater en soulevant l'abattant. Quelques impatiences plus loin, la famille entière -et le lecteur toujours- pourra s'extasier !
Album cartonné à flaps, simple, léger et humoristique, pour accompagner le tout-petit dans son autonomie.

Le temps des oranges / I. Prochazkova. - Joie de lire, 2017. - (Encrage)

Sa mère est morte il y a quelques mois, et pour Darek, pas question de faiblir : entre son père au chômage aux portes de l'alcoolisme et sa petite sœur dont le handicap mental nécessite une attention patiente et constante, il se doit d'être responsable. Lorsque son père lui demande de l'aide pour retaper des chevaux mal en point et les revendre ensuite, Darek s'investit pleinement, soulagé de voir son père se ressaisir. Il est rapidement sous le charme de ces animaux que son vieil ami qualifie d'anges. Sa voisine Hanka le regarde différemment, lui même se sent grandir... la vie semble reprendre une tournure positive ! Mais son ennemi de toujours le confronte à une vérité insoutenable, qui compromet sa confiance en son père, en la vie, en l'âge adulte. 
Iva Prochazkova donne, avec une grande acuité, à lire ce passage de l'adolescence à l'âge adulte, le corps changeant, le sens des responsabilités, la compréhension de la complexité du monde, douloureuse lucidité chassant la confiance et la naïveté de l'enfance. La narration, externe, est entrecoupée de chapitres flash-back où Darek prend la parole, renforçant notre attachement à ce personnage aussi courageux qu'altruiste, reconnaissant ses erreurs et sachant pardonner. C'est aussi une philosophie de vie qui transparaît, celle du respect de la vie, de toutes vies (encore que le spécisme n'y est pas absent), de l'indulgence, d'une vie simple et sincère, sans course au profit ni compromissions. 
 « Darek pensa soudain que le sentiment le plus typiquement humain était sans doute l'insatisfaction. Mais nous appelons ça l'ambition, et nous en faisons une qualité. » 
« Il avait déjà remarqué que les adultes avait coutume 
de parler pour atténuer le bruit que faisaient leurs actes, 
pour détourner l'attention de l'essentiel. » 

Le dernier cow-boy / G. Kocjan ; L. Renardy. - Atelier du poisson soluble, 2017

C'est une double surprise qui nous attend dans cet album. On se croit en plein western, avec Quickly Lucky en justicier du far-ouest. L'illustration nous donne des indices d'une autre réalité, contemporaine celle-là. Puis on découvre que Quickly Lucky n'est pas à proprement parler « un cow-boy, ni un justicier. » Alors qui est-il ?
La narration brouille les pistes mais une chose est sûre, ce sont des valeurs d'écologie, d'équité, de liberté et de fraternité qui animent ce héros révolté. « Les hommes sont devenus fous de puissance. Ils veulent diriger le vent au lieu de se laisser caresser par lui. »
Gringo, ne vous mettez pas en travers du chemin de ce parangon de justice !

La Danse de l'araignée / Laura Alcoba. - Gallimard, 2016. - (Blanche)

Après Manèges : petite histoire argentine (2007) où elle a 7 ans et vit en Argentine dans la clandestinité et la peur depuis l’arrestation et l’emprisonnement politique de son père, après Le Bleu des abeilles (2013) et son arrivée avec sa mère à 10 ans dans la banlieue parisienne, revoici Laura Alcoba à 12 ans. Elle a déménagé du Blanc-Mesnil à Bagnolet où elle vit avec sa mère et, comme auparavant, avec une grosse argentine du nom d’Amalia. L’enfant devient jeune fille, premier soutien-gorge (bien trop grand pour ce qu’il y a à y mettre), premières règles, la rencontre traumatisante d’un exhibitionniste. Grâce à l’école, premiers amis puis plus difficilement premiers amis français. Les progrès dans la maîtrise du français qu’elle aime de plus en plus, l’allemand en première langue à l’école aussi. La lecture avec un père de l’autre côté de l’océan qui la motive à travers ses lettres. L’élection de François Mitterrand vue au domicile sur le petit poste couleur récupéré chez Emmaüs, posé à même le sol. La romancière procède toujours par fragments de souvenir, en utilisant un beau style limpide où perce tantôt l’humour, tantôt l’émotion. Ça fonctionne très bien, on retrouve chaque fois avec un vrai plaisir ce personnage et c’est certainement avec le même plaisir que nous retrouverons l’auteur lors des Petites Fugues 2017. 

Avis : ***

Les Passagers de l'Anna C. / Laura Alcoba. - Gallimard, 2011. - (Blanche)

1966, Manuel et Soledad, les futurs parents de l’auteure, tout feu tout flamme, décident, avec quelques amis, de quitter l’Argentine pour vivre leur amour librement et satisfaire leur soif de la Révolution. Pour tromper les agents américains, ils passent sous de faux noms par Paris puis Prague avant d’atterrir à Cuba. On y attendait des experts, on y découvre de grands ados en mal de sensations fortes. Tant pis, il faudra faire avec. Durant un an, de camp d’entraînement en camp d’entraînement, on les prépare à l’action. Lorsque le grand jour arrive enfin, ils apprennent que le Che qu’ils idolâtrent a été tué. L’équipée prenant de plus en plus l’allure du Désert des Tartares, il ne reste plus qu’à rentrer, penauds, en Argentine avec prudence. Le retour se fera en évitant le Paris de mai 68, via Prague, Vienne, Gênes, Madère, le Brésil et, faute de moyens suffisants pour prendre l’avion, sur le bateau l’Anna C. Manuel et Soledad rentre au pays avec un bébé prénommé Laura dans les bras. La totalité des Argentins qui les accompagnent dans ce voyage ne tarderont pas à avoir un destin tragique. Tel le Petit Poucet, Soledad jette des couches sales à la mer, comme si un jour, sait-on jamais, il allait falloir retrouver le chemin de l’Europe. Une reconstitution très bien faite, dans un style simple et agréable. 

Avis : **

Une Histoire des loups / Emily Fridlund. - Gallmeister, 2017. - (Nature writing)

"S'il vous plaît, aidez-nous mon Dieu à la pitié infinie pour cette pathétique farce qu'est l'existence humaine." p. 21 
C’est un grand classique désormais : à chaque arrivée d’un nouveau romancier américain les adjectifs fusent (époustouflant, super original…) Que dire donc de ce livre ? Le cœur en est un fait-divers qui, quoique tragique, reste assez quelconque et sans rebondissements. Nous suivons donc dans le Minnesota Madeline Furston, une ado, fille d’anciens hippies qui devient la baby-sitter du petit Paul. C’est elle qui, âgée de 37 ans, raconte l’histoire. Les parents du gamin ont l’air un peu particulier, le père est membre de l’Eglise de la science chrétienne. On sent bien que le drame, même si on n’en connaît pas encore la nature, va advenir. S’y mêle le souvenir récurrent de ce bon Monsieur Grierson, un ancien professeur de Madeline, qui se démenait pour son enseignement mais qui a été condamné pour pédophilie. C'est que l'espèce de fascination de Madeline pour les loups semble s'étendre aux prédateurs humains. Certes c'est bien écrit (Fridlund n'est tout de même par Irving ou Udall), la nature y est très présente (principe de la collection), mais on a tout de même un peu l’impression que cette histoire qui se résume à peu de chose n’en finit pas, qu’on pourrait presque la relancer à l’infini. D’ailleurs l’auteur pour y mettre un point final fait un bien drôle de choix. Époustouflant ou éprouvant, on vous laissera juge. Premier roman.

Avis : **

La seule chose qui compte vraiment / N. Somers. - Fleurus, 2017

Ce livre nous raconte l'histoire de Lise, 15 ans, qui souhaite devenir championne de gymnastique. On découvre page après page le portrait d'une jeune fille qui se bat quotidiennement afin de réaliser son rêve. On entre dans le monde du sport de haut niveau, ce qui apporte beaucoup à l'histoire. Les thèmes abordés sont divers et variés ; le sport, l'absence d'un père, le manque d'amour, l'amitié, la jalousie et le passage de l'enfance à l'adolescence. Ces nombreux sujets permettent au lecteur de s'identifier facilement aux personnages. Les personnages sont touchants, en particulier Vincent, qui va être d'un grand soutien pour notre héroïne. J'ai aussi été touchée par le courage de Lise, sa combativité et sa joie de vivre. Malgré les difficultés rencontrées, elle continue de se battre et ce livre nous offre une très belle leçon de vie. 
Un roman très simple à lire, conseillé pour un jeune public. L'écriture est très fluide, le vocabulaire facile et les quelques souvenirs glissés tout au long du roman viennent ajouter de la profondeur au récit. Pour conclure, ce roman nous transmet un message fort, celui de toujours croire en ses rêves.

Perdre la tête / Bertrand Leclair. - Mercure de France, 2017. - (Bleue)

« Mon dieu, est-ce que c’est possible, d’être ainsi torpillé en plein vol par l’objet même de son envol ? » p. 42
Le narrateur, qui décide pour les besoins du récit de se nommer Wallace, est allongé sur un lit d’hôpital à Rome avec une balle dans le genou que lui a administrée, sans raison apparente, son amante lors de leur dernière rencontre. Wallace qui est divorcée a suivi sa nouvelle compagne dans la capitale italienne où elle prend un poste de correspondante pour la radio. Il s'est épris de Giulia, troisième épouse de Pietro Petrucciani, un amateur d’art et collectionneur qui, désormais paraplégique, est en fauteuil roulant électrique à la suite d’un accident. Dans ce qui se révèle une désolation familiale et un désordre amoureux, Wallace ratiocine, s’apostrophe, tapant sur son ordinateur jour et nuit, surfant sur certains sites, pour essayer de clarifier ce qui lui arrive. Il comprend rapidement que Pietro Petrucciani a de drôles de fréquentations et trempe dans un milieu mafieux. Bien qu’essayant de garder la tête sur les épaules, il est confronté à son obsession d’enfance, celle des têtes tranchées. Et s’il était concerné par la première tentative d’une greffe de tête humaine par un fou du scalpel, le professeur Sergio Canavero ? Le roman n’est pas avare en très longues phrases, c’est intéressant lors de certains passages mais sur la longueur c’est une logorrhée tout de même assez indigeste pour une histoire qui se résume à bien peu de chose.

Avis : *

Monarques / Philippe Rahmy. - La Table ronde, 2017. - (Vermillon)

« Voilà, ce qu’il m’est donné de faire, traduire le silence qui survit à la disparition des corps. » p. 105
Un livre au caractère manifestement autobiographique. Le narrateur est né d’un père musulman et d’une mère luthérienne. En creusant un peu du côté de sa mère, il est même le petit-fils d’un médecin nazi et d’une juive convertie au protestantisme. Il tente ici de démêler l’écheveau de la geste familiale. Vient se greffer là-dessus une fascination pour le jeune Herschel Grynszpan, ce polonais juif qui assassine à Paris, en 1938, un secrétaire d’ambassade allemand. C’est lors d’un voyage en Israël que le narrateur clarifie son parcours, ses idées, approfondit aussi la vie d’Herschel, le tout livré sous forme de fragments où s’imbriquent les différentes temporalités. Il fait se rencontrer monde musulman et monde juif, quête biographique et quête littéraire. Pour que l’entreprise réussisse et ne soit pas un grand télescopage, il y fallait un rythme et un ajustement millimétré des diverses pièces du puzzle. Or, pour ma part, je trouve que cela s’étiole en progressant, que ça manque de sève, qu’il y a parfois un côté assez artificiel (notamment dans l’explication de la fascination du narrateur pour Herschel qui m’a un peu consterné). Il y a quelques beaux passages littéraires mais il y a aussi des moments gênants où l’auteur ne semble plus guère être dans un projet littéraire mais dans un simple récit, dans une confusion des genres plus que dans un mélange harmonieux. Bref, j’ai bien du mal à adhérer pleinement.

Avis : **

Une Fille, au bois dormant / Anne-Sophie Monglon. - Mercure de France, 2017. - (Bleue)

Bérénice Barbaret Duchamp est chargée de documentation chez No Logo, une importante agence de communication. Elle y rédige des cahiers documentaires à partir de sujets porteurs qui servent d’outils à ses collègues chargés de la communication. Mais nous sommes en pleine crise financière et Bérénice, victime du nouveau PDG, est de plus en plus placardisée. A l’image de celle dont elle porte les initiales, BBD pour Belle au bois dormant, elle est lourdement endormie. Elle ne sait pas se défendre dans ce milieu cruel et a toujours été soumise dans son travail comme dans sa vie privée. Ce roman est donc l’histoire de son lent et long éveil qui se produit en parallèle de celui de Pierre, son bébé, et auquel va contribuer une formation à la voix étalée sur quinze séances où elle fait la connaissance de Guillaume, le formateur, un jeune chanteur plein de convictions. Le récit utilise le « tu » car la voix qui dit « je » n’est pas encore possible à ce stade, cela donne un ton assez particulier, il navigue entre manifeste féministe, critique sociale, analyse du monde de l’entreprise et surtout description psychologique très poussée. Au-delà de ses qualités intrinsèques, difficile de cacher que le livre ne paraîtra pas très palpitant à tout le monde. Premier roman. 

Avis : **

Jeux de dame / Thierry Dancourt. - La Table ronde, 2017. - (Vermillon)

Les derniers éléments de l’Empire colonial français sont en train de se désagréger, bientôt on enverra le premier homme dans l’espace, un russe nommé Iouri Gagarine. Les tensions internationales sont à leur comble, la Guerre froide à son apogée, on finirait presque par bâtir un mur entre Berlin-Ouest et Berlin-Est ! En décembre 1960, Pascal Clerville qui effectue un contrat comme bibliothécaire au Musée des Arts africains et océaniens se lie d’amitié avec Solange Darnal, une fidèle visiteuse du musée. Hélas, elle doit se rendre pour plusieurs mois à Berlin afin, dit-elle, de réaliser des études d’observation pour le compte du Conseil économique et social. Pendant ce temps, Pascal s’occupe de l’arrosage de ses plantes, d’aérer l’appartement et rencontre une vieille voisine, amie de la famille, qui lui en apprendra plus sur l’étrange Solange. Celle-ci est en réalité partie rejoindre en Allemagne son chef et amant Marc Jeanson pour des activités peu avouables. C’est assurément bien ficelé, assez agréable à lire, sans que le roman soit d’une bien grande originalité tout de même.

Avis : **

Petites histoires pour futurs et ex-divorcés / Katarina Mazetti.- Gaia éditions, 2017

Avec "Petites histoires pour futur et ex-divorcés" Katarina a choisi de nous parler de tous ceux qui bon an mal an, continuent leur route ou au contraire voient leurs chemins se séparer. En une petite trentaine de nouvelles, toutes plus caustiques, originales, savoureuses les unes que les autres, elle fait le tour de ces moments forts d'une vie : séduction, amour, lassitude et désamour, infidélité, regrets, passion, tout y passe, c'est à la fois drôle et touchant.
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Le p'tit bossu qui en avait plein l'dos / G. Gigi Bigot ; P. Comis. - Didier, 2017

Un enfant avec une bosse dans le dos, dans une cour d'école... on ne sera pas étonné de le voir chahuté -au bas mot- par ses camarades. Un jour, poussé par 2 plus grands, il tombe « en plein sur sa bosse de malheur » qui s'ouvre, sur 2 ailes. Qui ne serait pas tenté, alors, de fuir ?  C'est ce que le p'tit bossu s'empresse de faire. Il y a pas mal de monde pour penser qu'il fait bien, très bien même : les oiseaux, les arbres, les fleurs... la nature et les animaux, tous lui emboitent le pas. 
« Les gens se sont habitués à vivre comme ça : sans arbres, sans fleurs, sans oiseaux, sans mémoire. » Hormis une grand mère qui se souvient bien du p'tit bossu ; sa petit fille cultive le rêve de le retrouver...
Une langue vive, forte, pour un conte à la structure toboggan. La nécessité de se confier quand on en a « gros sur le cœur » est exprimée avec emphase, la conteuse conviant la puissance de la nature du côté de l'opprimé, pour mieux valoriser l’empathie et l'écoute. 

Maman / M. Itoïz. - Seuil, 2017

Un peu de maquillage de toutes les couleurs, une maman disponible qui joue le jeu, se transforme au gré de l'imagination de son fils, le moment qui précède le coucher devient alors riche et détendu. 
Avoir une maman complice de ses jeux, c'est fabuleux ! Un album coloré et gai à l'écriture cursive. 
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Les trois petits coquins / Q. Blake ; E. Chichester Clark. - Gallimard, 2017

Soyez sages s'évertue-t-elle à répéter à chaque fois qu'elle sort. Mais Tim, Sam et Lulu, invariablement, mettent à sac l’appartement soigné de Ida Delahuppe. Toutes les pièces subissent l'énergie dévastatrice de ces trois singes aussi adorables que turbulents. Et puis un jour c'est la pagaille de trop : « Je donnerais tout pour une vie paisible sans ces horribles petits singes ! »
Méfiez-vous des souhaits que vous exprimez...
On compatit -un peu- à l'accablement d'Ida mais on sera tout de même plus sensible aux facéties de ces trois singes à l'imagination infinie pour ce qui est des cataclysmes domestiques. La mise en page est à l'envi, variée et dynamique.
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Trop curieux / A. Bowsher. - Amaterra, 2017

Le chat est sympa, c'est un fait pour qui les apprécie. Mais la narratrice de cet album découvrira à ses dépends qu'il faut, pour qu'il le reste, respecter son intimité, sa vie secrète. 
Album noir et blanc au trait gras, sobre avec ce qu'il faut d'humour, très juste dans ce qu'il exprime du chat et de son mystère. 

Monsieur Ours veut qu'on le laisse tranquille / I.-K. Noh. - Rue du monde, 2017

Monsieur Ours est du genre solitaire. Pas bourru ou farouche, c'est juste qu'il aime lire ou siroter un thé en écoutant tranquillement de la musique.  Lorsque 2 lapins passent successivement devant son banc, fatigués et accablés par la vie, Monsieur Ours les invite à se poser. Un couple est né. De nombreux lapereaux suivront.
Monsieur Ours en vient assez vite à regretter sa tranquillité. Mais c'est une chose si difficile à dire, il a tellement peur de vexer ! Alors il use de subterfuges, raisonnables puis désespérés. Le burn-out le guette...
Un album, format à l'italienne, très intéressant graphiquement, jouant sur les vibrations pour exprimer les variations émotionnelles, qui dit l'importance d'exprimer son ressenti pour se respecter et vivre sereinement avec autrui. 

Tu me lis cette histoire ? / D. Lévy ; Kotimi. - Rue du monde, 2017

Il a bien de la patience, maître Chiharu, avec tous ces animaux qui lui demandent à tour de rôle de lire son livre. A chaque fois, il reprend la lecture depuis le début, à voix haute.
Alors maître Chiharu a une idée : apprendre à lire à tous les animaux.
Le dessin au trait noir a quelque chose de brouillon, d'ébauché, d'enfantin mais dégage un charme certain dans les postures. L'histoire quant à elle nous rappelle le plaisir infini de la lecture, en solitaire ou en groupe. La page finale montre que tous autant qu'ils sont, devenus autonomes, « aiment quand même toujours autant qu’on leur lise une histoire. »

Confessions d'une catastrophe ambulant, le journal de Chloe Snow / E. Chastain. - Gallimard, 2017. - (Scripto)

C'est la rentrée pour Chloé, qui se déroulera sans le soutien de sa mère partie au Mexique se consacrer à l'écriture de son roman. Elle raconte au jour le jour sa première année au lycée (correspondant à notre 3ème) : son pari -et tentatives- d'avoir enfin son premier baiser, la chorale, ses parents dont la relation se délite, les turpitudes avec sa meilleure amie, la relation trouble avec Mac... Autant d’évènements à la fois banals mais marquants pour une adolescent.
C'est un roman -sous forme de journal intime- assez américain dans la prégnance de la religion. Mais pour le reste, leur vie a des accents d'universalité, celle de jeunes quittant l'enfance pour le monde adulte, ce qui peut être à la fois « terrifiant et merveilleux. » Rien de très passionnant mais on se laisse prendre par une narration aux chapitres courts et une narratrice attachante qui, sans grand caractère au départ, affirme son identité.
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