Trois jours chez ma tante / Yves Ravey. - Ed. de Minuit, 2017

Marcello Martini était secrétaire particulier de la fondation de sa tante. Il y avait fait embaucher Walter comme Directeur financier, un type qui ne s’encombrait pas de grands principes. D’ailleurs, dénoncé, il se fait arrêter à la frontière suisse avec une grosse somme d’argent issue du trucage des comptes. Le nom de Marcello remontant à la surface dans l’affaire, sa tante préfère l’éloigner. Vingt ans qu’il s’est enfui. A présent, il gère au Libéria un établissement pour réfugiés dans lequel est intégrée une école. Sa fidèle tante lui envoie chaque mois de l’argent par mandats postaux. Mais la vieille, maintenant en maison de retraite, s’est mise en tête de lui couper les vivres et le convoque devant le notaire. Ça sent le règlement de comptes. Comme à son habitude, Ravey offre un court roman aux phrases dépouillées, saupoudré de relents de roman policier. Pas de doute c’est du Ravey, agréable certes, mais assez quelconque et sans surprise par rapport à ce qu’il a déjà fait. Certainement pas son meilleur roman.
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 Avis : **

T'arracher / V. Desmarteau. - T. Magnier, 2017

Lou est obnubilée, absorbée toute entière par Toi, qui l'a quittée sans explication. Si elle est brisée intérieurement, elle arbore un masque d'indifférence, d'insolence et d'ironie constants, épuisant à porter et qui ne trompe personne : sa fatigue est tangible et ses résultats scolaires en chute libre, l'année même du bac. Il faut se ressaisir mais comment fait-on lorsqu'on est si plein de l'absence de l'autre ? Jusqu'à s'en rendre malade.
Portrait troublant d'une jeune fille entière et fougueuse, « capable d'aimer et de haïr avec une violence qui me fait peur ». Sa passion obsessionnelle est difficilement compréhensible par le lecteur, tant ce Toi, omniprésent dans ses pensées semble si peu intéressant ; ce qui l'est davantage, c'est le chagrin dévorant et le combat pour reprendre pied, avec l'expression artistique pour salut.
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Moi Edda, reine des faux plans / S. Sigmarsdottir. - Bayard, 2017

Pour Edda, jeune collégienne islandaise, tout ne va pas comme elle le souhaite. Elle a de l’acné. Ses parents ont divorcé, son père va avoir un autre enfant. Et la cerise sur le gâteau, celui dont elle est amoureuse ne la remarque pas. Mais aussi elle apprend que sa mère souhaite vivre à Londres. Comme si sa vie n’était pas assez compliquée !!

Une histoire agréable à lire.
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Le pire livre pour apprendre le dessin / A. Louchard. - Seuil, 2017

Nous retrouvons le petit lapin bougon qui, après avoir approfondi l'art du pot, revient apprendre à dessiner. Du moins tel est le dessein de l'adulte hors champs. Car le lapin, lui : « Oui, ben je sais déjà... ».
Or donc, l'adulte patient, encourage notre chérubin qui fait montre d'une mauvais foi patentée. Répétée. Forcenée. Le professeur de dessin s'autorise une vengeance qui prend son élève à son propre piège. 
C'est drôle, vachard. Bien fait !
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La rentrée de Lison / A. Bouchard. - Seuil, 2017

Lison est enthousiaste, joueuse, curieuse de nouvelles expériences, l'école est en cela un terrain propice ! 14 saynètes en 4 planches la voient, en compagnie d ses camarades de classes, se concentrer, jouer, se bagarrer, rêver...
Le dessin est sobre, néanmoins non avare de détails, dans un humour pince-sans-rire grandissant.

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Pfff... / C. K. Dubois. - Ecole des loisirs, 2017. - (Pastel)

Quel calvaire, Merle et Roro n'ont plus le droit de jouer à la tablette et sont expédiés dehors. « Qu'est-ce qu'on s'ennuie...» Papa a beau proposer mille idées, les 2 petits regimbent. Même la piscine ne les déride pas. Mais Pinson arrive, qui amène avec lui entrain et enthousiasme.
Il suffit d'un rien pour transformer une ambiance, Claude K. Dubois nous l'illustre à merveille dans cet album expressif. Les pioupious accablés par la vie s'éveillent subitement à la bonne humeur, euphorie contagieuse !

La Salle de bal / Anna Hope. - Gallimard, 2017. - (Du monde entier)

En 1911, on a tôt fait d’assimiler la non-conformité sociale à la folie. Ella Fay qui travaille depuis l’âge de 8 ans dans une filature, ne supportant plus le bruit infernal et l’enfermement, se révolte, brise une vitre à l’une des fenêtres aveugles de l’atelier, Clem Church a refusé un mariage forcé et entamé une grève de la faim, John Mulligan s’est clochardisé et est devenu presque muet à la suite du traumatisme de la perte de sa fille puis de son divorce… C’est suffisant pour que tous se retrouvent internés pour de longues années à l’immense asile de Sharston, 2000 pensionnaires, 200 employés. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Les idées eugénistes font leur chemin dans la société, dont la castration obligatoire comme mesure curative : et si on stérilisait les fous et puis aussi les pauvres, assimilés à des faibles d’esprit ? Il y a là un jeune médecin ambitieux, Charles Fuller, qui n’accepte pas encore ces dérives. Il y oppose les mérites de la musique, de la danse et du travail, des facteurs de régénération. Grâce à lui, hommes et femmes peuvent se rencontrer quelques heures lors d’un bal hebdomadaire attendu avec excitation. Le reste du temps les hommes sont aux champs, les femmes aux tâches domestiques. Ne restant que les lettres clandestinement échangées pour communiquer. A petit pas et en dépit de leurs blessures individuelles, Ella et John s’apprivoisent. De sa position de chef d’orchestre, Fuller ne pourra guère freiner l’évolution de leurs sentiments, ni même la détérioration avilissante de ses idées liées à sa propre frustration sexuelle. Reconstitution assez saisissante, saupoudrée d’une belle histoire d’amour dans des circonstances sombres qui ne s’y prêtent guère et hommage à un arrière-arrière-grand-père qui y a été enfermé.
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Avis : **

Le Sympathisant / Viet Thanh Nguyen. - Belfond, 2017

"Que font ceux qui luttent contre le pouvoir une fois qu’ils ont pris le pouvoir ? Que fait le révolutionnaire une fois que la révolution a triomphé ?" p. 481
S’adressant à un commandant, le narrateur se livre à une longue confession détaillée. Nous apprenons qu’avant la chute de Saïgon (1975), il travaillait pour le Sud Vietnam pro-américain, au service de l’état-major (dans la police secrète) tout en transmettant des informations cruciales au Nord Vietnam pro-communiste. Fils d’un prêtre français et d’une adolescente vietnamienne, il se joint, lorsque la partie est perdue, à tous ceux qui fuient et, dans une débandade innommable, grimpent en catastrophe dans des avions-poubelles surchargés. Direction un camp à Guam puis la Californie. Aux États-Unis, il reste proche de ceux pour lesquels il travaillait et se trouve en situation de sympathisant. C’est-à-dire qu’il est un agent dormant, étudiant l’organisation de ceux qui rêvent d’une revanche, codant via un intermédiaire à Paris ses observations aux communistes vietnamiens. La vie n’est pas simple pour les exilés, souvent déclassés au point de faire partie du lumpenprolétariat. La crédibilité de notre agent double nécessite d’accepter de participer à des meurtres voire de se salir lui-même les mains et la conscience, car tuer des personnes de son propre camp pour ne pas dévoiler son jeu de dupes n’arrange pas ses problèmes de dualité. Au bout du compte, dans une entreprise dérisoire, il retourne clandestinement au Vietnam au sein d’un groupe de soldats afin de protéger Bon son ami de jeunesse anti-communiste. Même si la toile de fond est la guerre du Vietnam, il serait très exagéré de dire que c’en est le sujet : il faut, par exemple, arriver au-delà de la page 400 pour entendre parler de bébés monstrueux (conséquence des défoliants américains) ou des dégâts provoqués par le napalm. La véritable thématique est bien la complexe et torturée psychologie du narrateur, un bâtard tendance schizophrène, toujours à l’intersection de plusieurs lieux, de plusieurs idéologies… Sa mère lui répétait qu’il n’était pas une moitié de quoi que ce soit mais qu’il avait tout en double. L’auteur a de belles envolées, n’est pas avare en superbes métaphores et n'est pas dépourvu d’humour. 

Avis : **

Femme à mobylette / Jean-Luc Seigle. - Flammarion, 2017

"Il faudrait que les pauvres se contentent de la joie d’être en vie." p. 195
 Au milieu d’une nuit de veille, Reine s’est demandé si le plus simple ne serait pas de tuer Sacha, Igor et Sonia, ses trois petits bouts, et de se tuer ensuite. Elle a posé le couteau au milieu de la table de la cuisine et lutté pour ne pas s’en saisir. Trois ans déjà qu’elle est au chômage, Olivier son mari l’a quittée pour une autre, le jardin est devenu un dépotoir, tout va à vau-l’eau. Et puis il y a la peur qu’on lui prenne ses enfants si elle ne trouve pas du travail, et comment en trouver sans moyen de locomotion ? La chance sourit enfin : sous le tas de ferraille qui étouffe le jardin, elle dégotte miraculeusement une vieille mobylette Peugeot des années 1960 encore en état de marche. Grâce à l’engin, elle peut occuper un emploi de thanatopractrice éloigné de 30 km et rencontre sur son trajet un routier hollandais pour lequel elle a le coup de foudre. Et si finalement elle avait droit à une belle vie ? Portrait d’une mère courage qui n’a pas connu son père, dont la mère est morte d’une overdose lorsqu’elle était bébé, pas née au bon lieu et au bon endroit, mais battante, créative, amoureuse. Le personnage est attachant même s'il n'est pas difficile de deviner qu’on s’achemine soit vers une fin mielleuse soit vers une fin tragique. Pour ma part, les 40 pages d’annexe me paraissent superflues.
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 Avis : **

Nos vies / Marie-Hélène Lafon. - Buchet-Chastel, 2017

La narratrice, Jeanne Santoire, qui habite Paris, est une retraitée de fraîche date. Elle fait ses courses dans le Franprix de la rue du Rendez-Vous. Elle a les yeux qui traînent et se fixent sur Gordana, une caissière à l’accent rude venue de l’Est de l’Europe, trentenaire aux seins généreux, arborant un air mal luné et dissimulant un pied-bot, ainsi que sur un petit homme sombre d’origine portugaise, Horacio Fortunato, qui porte dans ses mains et ses bras les produits qu’il a choisis en rayon sans utiliser de caddie ou de sac. Notre retraitée s’adonne alors à un exercice d’imagination. Elle tente de deviner ce qu’ont été leur vie, ce qu’elles pourraient être à l’avenir. Elle déplace parfois le curseur, elle voit Horacio s’occuper de la maintenance à Orly puis finalement en chirurgien… Tout cela lui donne l’occasion de s’épancher sur sa propre vie, sur ses proches (sa grand-mère, ses parents, ses amis, son ex-concubin d’origine algérienne, ses voisins…) Cette façon de happer les individus dans un voyeurisme qui frôle l’espionnage, de fantasmer les vies, nous met un peu mal à l’aise. D’ailleurs Jeanne Santoire est prise à son propre piège, vampirisée à son tour, lorsqu’un individu dans la résidence en face de chez elle se branle ostensiblement à la fenêtre en regardant dans sa direction. Juste retour des choses finalement.
On retrouve ici les caractéristiques des romans de Marie-Hélène Lafon notamment son écriture par phrases courtes, syncopées, et son goût des portraits de petites gens même si, pour une fois, elle sort du milieu rural. Pourtant, je trouve fragile son écriture qui passe très bien dans certains de ses livres et qui ici parvient à agacer d’autant qu’elle multiplie les cibles et que celles-ci paraissent traiter moins dans leur être profond que dans des caractéristiques de surface. En n’y prenant garde, on peut friser la caricature ou le cancan. Je n’avais pas aimé L’Annonce, j’avais été emballé par Joseph et je suis déçu par Nos vies

Avis : *

Changement de cap / J. Malone. - Albin Michel, 2017. - (Litt')

Cass est éberluée de découvrir que sa mère a décidé de partir en mer avec ses deux enfants. Quitter sa maison, son jardin botanique si précieux, ses amies, ses habitudes... La perspective de vivre dans un espace aussi exigu qu'un petit bateau ne l'enchante absolument pas. Car cela signifie perte d'intimité, des détails prosaïques comme la "cuve à caca", des réserves de nourriture restreintes et surtout, vivre en permanence avec cette mère qu'elle juge responsable de l'éclatement de la cellule familiale. Mais les faits sont là : elle va passer 4 mois dans une cocotte minute à tempérer sa rancœur, en tentant d'épargner son petit frère qui n'est pas au courant de ce qu'elle sait. Ou croit savoir. 
L'intrigue ne surprendra guère mais la relation de Cass avec sa mère, ses efforts pour s'adapter à une situation qui lui est imposée et surmonter les difficultés de la vie sont beaucoup plus intéressants. Cass durant ce voyage initiatique confrontera le confort de l'enfance aux incertitudes et combats de l'âge adulte. Sa mère sera un modèle du genre, femme luttant pour son indépendance et l'intégrité de son identité.

Par le vent pleuré / Ron Rash. - Seuil, 2017. - (Cadre vert)

Bill, 21 ans, et Eugène, 16 ans, vivent avec leur mère, veuve, chez leur grand-père, médecin généraliste qui a un comportement de tyran à leur égard. Le dimanche, les deux frères aiment garer le pick-up au bord de la rivière et s’adonner à la pêche à la truite. Que faire d’autre à Sylva, une modeste localité de Caroline du Nord déconnectée des évolutions sociétales du pays ? Nous sommes en 1969, en pleine contre-culture. Ligeia Mosely, une gamine rousse, guère plus âgée qu’Eugène, se baigne en bikini riquiqui ou sans rien du tout selon les jours. Elle arrive de Floride où sa vie dissolue a incité ses parents à la confier à ses oncle et tante. Consommatrice et pourvoyeuse de drogue, amatrice de groupes musicaux d’avant-garde, sexuellement bien éveillée et très libre, elle va déniaiser sérieusement les deux garçons. Eugène l’approvisionnera en Valium et en Méthaqualone en se servant discrètement dans l’armoire à médicaments du grand-père et, s’il n’est pas un grand fan de l’herbe, débute pour lui une longue dépendance à l’alcool. Un bel été d'une fulgurante liberté qui se termine par le départ de Ligeia, plus personne n’entendra parler d’elle. 46 ans plus tard, Bill a suivi la voie de chirurgien qui lui était promise dès l’enfance tandis qu’Eugène, sombré dans l’ivrognerie, a abandonné sa carrière d’universitaire, son poste d’enseignant, sa vocation d’écrivain, a blessé sa fille lors d’un accident de voiture en version alcoolisée, a divorcé. C’est alors que surgit en première page du journal du comté la macabre information : on a retrouvé les restes de la jeune Mosely là-même où elle allait se baigner en 1969. 
Rien de révolutionnaire certes, mais un roman noir qui propose 200 pages très bien ficelées et une réflexion autour du passage à la vie adulte, du souvenir, de la mélancolie du temps qui passe, de la culpabilité, du sentiment de trahison...
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Avis : ***

Ils vont tuer Robert Kennedy / Marc Dugain. - Gallimard, 2017. - (Blanche)

"Comment colmater sous une pluie tropicale les fuites d’un toit criblé de balles quand on ne dispose que d’un verre d’enfant à la main." p. 222
Un professeur d’histoire contemporaine canadien du nom d’O’Dugain (toute ressemblance avec l’auteur ne sera pas fortuite) revisite l’énigmatique et sordide histoire de ses parents, la mère s’est suicidée à l’arme à feu ou a peut-être été assassinée, le père a été victime d’un accident de la route ou bien a été poussé dans le ravin et ce le jour même de l’assassinat de Robert F. Kennedy. Ce père très secret était un psychiatre réputé et l’un des grands spécialistes de l’hypnose. Il avait quitté précipitamment la France pour venir s’installer à Vancouver. En creusant un peu plus, il semble avoir eu des rapports avec les services de renseignement britanniques. Notre professeur veut comprendre, il est dans une quête obsessionnelle et convaincu que l’histoire des siens est intimement mêlée à celle des Kennedy. Nous allons donc revisiter avec force détails et points de vue personnels l’histoire du clan Kennedy, notamment bien-sûr les assassinats de JFK (1963) et de Bobby (1968). Une histoire largement composée de compromissions, corruptions, mensonges, secrets… Si le mythe Kennedy en prend un coup que dire de la démocratie américaine ! On comprend mieux que ce qui a été définitivement tué avec la disparition des Kennedy, plus que deux hommes politiques, c’est l’espoir d’une société nouvelle porté par le mouvement culturel de la contre-culture. Rejet de la famille, du monde du travail, de la société de consommation, de la violence, promotion de la liberté sexuelle, de la concorde, du retour à la nature, une utopie qui sombre donc dans le sang, les délires psychédéliques et les overdoses mortelles, laissant place à une Amérique toujours aussi mafieuse, raciste, criminelle, passée reine dans la manipulation, la dissimulation de la vérité et va-t-en-guerre pour le plus grand bonheur des intérêts militaro-industriels (ou de firmes comme Monsanto). C’est un exercice un peu compliqué d’arriver à créer une harmonie entre les chapitres romanesques et ceux qui sont beaucoup plus factuels et relatifs aux évènements historiques. Je ne suis pas sûr que l’auteur y parvient totalement, le romanesque est peut-être un peu trop en retrait. Reste que c’est prenant et qu’il y a une réelle maîtrise du sujet. L'épilogue ne me paraît néanmoins pas des plus réussis.
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Avis : ***

Mercy, Mary, Patty / Lola Lafon. - Actes sud, 2017

En 1974, Patricia Hearst, 20 ans, fille d'un magnat de la presse, s'apprête à épouser un jeune homme de bonne famille. De quoi perpétuer l'ordonnancement du monde. Mais elle est kidnappée par l'Armée symbionaise de libération dont le credo est de « vivre ensemble indifféremment de notre âge, notre sexe ou notre race ». Les activistes exigent une rançon ... pour nourrir les pauvres d'Amérique.
N'en déplaise à papa, aux notables et aux médias, Patricia  ne colle en rien au portrait victimaire qu'ils voudraient lui prêter, embrasse à l'inverse leur cause, jusqu'à participer activement à un braquage. Ses amis sont tués, elle est incarcérée.
« Qui est la vraie Patricia, une marxiste terroriste, une étudiante paumée, une authentique révolutionnaire, une pauvre petite fille riche, héritière à la dérive, une personnalité banale et vide qui a embrassé une cause au hasard, un zombie manipulé, une jeune fille en colère qui tient l'Amérique dans le viseur ? »
C'est ce que devra déterminer le procès, pour lequel Gene Neveva, professeure de passage en France, doit apporter son expertise. Elle se fait aider par Violaine, jeune fille vierge de toute conscience politique, dans la lecture des éléments du dossier. L'histoire se découvre à tâtons, tandis que Gene Neveva interpelle et bouscule Violaine à propos des causes évoquées. L'histoire s'élargit aussi à celles d'autres jeunes filles qui elles aussi ont vu « paradoxalement leur espace de liberté s'agrandir en captivité. » Mercy, Mary, Patty...
Lola Lafon s'adresse à vous Gene Neveva -et comment ne pas se sentir interpelé-, puis c'est un Je qui prend la parole, une souplesse narrative qui contribue à cerner au plus près ces « âmes flottantes (et) identités mouvantes », à « identifier et combattre l'ennemi qu'on porte tous en nous : notre propre conditionnement. »
Un texte qui reste en tête, préférant questionner avec nous la réalité que d'apporter des réponses. Sommes-nous libres de nos choix lorsqu'on a grandi dans un carcan ?
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La souris philosophe / M. Piquemal ; J. Boillat. - Didier, 2017

La souris a sauvé la mise au lion emprisonné, il lui promet protection. Loin de s'en contenter, elle se dit qu'elle pourrait bien briguer le sacre de reine à sa place de roi. S'ensuit une discussion respectueuse sur la nature du pouvoir et la justice. Tous deux vont bientôt avoir l'occasion de mettre leur théorie à l'épreuve de la réalité. 
Lorsque force, sagesse et humilité s’écoutent et se conjuguent, l'exercice du pouvoir gagne en efficacité et en légitimité. 

Le rendez-vous / J. Colombet. - Seuil, 2017

Lapinou, sourire serein au lèvre, est assis sur un gros caillou. « J'attends », explique-t-il à Écureuil, qui l'a rejoint et s'interroge. « En silence » complète-t-il en direction des divers animaux qui s'agglutinent les uns après les autres, questionnent -« Vous attendez quoi ? »- et commentent. Tant et si bien que Lapinou est de plus en plus contrarié. Mais le crépuscule fait son œuvre, tous se calment et l'attente est enfin récompensée. 
Un album tout en expressions et détails à observer pour aborder efficacement, et avec humour, la nuit tombante. 
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L'incroyable voyage de M. Fogg / L. Blanvillain. - Hachette, 2017

Monsieur Fogg, romantique invétéré, croit au bonheur en amour. Il n'hésite pas à jouer les Cupidon en ouvrant les yeux de ses élèves sur l'amour qu'ils se portent en secret. C'est donc grâce au coup de pouce de leur professeur que Nora et Simon vivent leur amour. En revanche, Monsieur Fogg n'a pas été aussi perspicace envers David et n'a pas su déceler les sentiments qu'il porte à la même Nora. 
Par un tour de passe-passe, nos 4 protagonistes se retrouvent en route pour retrouver l'amoureuse imaginaire de David. Tout cela pour consoler M. Fogg du départ de sa femme avec son meilleur ami. L'amour, indéniablement, peut prendre des détours alambiqués. 
Si l'on se laisse prendre au jeu de ces rebondissements aussi nombreux que rocambolesques, le roman fonctionne, grâce aux personnages attachants dans la tête desquels le lecteur se plonge de chapitre en chapitre. M. Fogg, particulièrement, emporte l'adhésion, fantasque, romantique, chevaleresque et adepte de la vérité.
L'amour est balayé dans sa diversité, du coup de foudre aux désillusions en passant par les pulsions, visions idylliques ou plus pragmatiques, nuances d'un sentiment si fort et fluctuant, si puissant et si fragile.
Le style est agréable, la désinvolture s'invitant inopinément, et quelques vérités bien troussées se glissent dans l'intrigue.
« Les parents aussi doivent grandir. »
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Olivia joue les espionnes / I. Falconer. - Seuil, 2017

Olivia, dans cette neuvième aventure, ne s'est pas assagie. Après une énième bêtise de trop, Olivia entend sa mère dire qu'elle hésite à l'emmener dans une « institution ». Olivia habituellement si déchaînée est tétanisée. 
Mais écouter aux portes est un art qu'Olivia, trop électrique, ne maîtrise que partiellement, c'est une autre surprise que celle imaginée qui l'attend. 
Cette petite cochonne, toujours aussi  énergique, inventive, gaffeuse, attachante et irrésistible, nous promet une fois de plus une histoire des plus drôles. Mention spéciale pour l'affection patiente des parents !

L'Invention des corps / Pierre Ducrozet. - Actes sud, 2017. - (Domaine français)

"Le fondement même de Google est de pouvoir, un jour, se passer d'ordinateurs et de connecter directement le cerveau à Internet." p. 147
Alvaro Beltran a grandi au Mexique parmi des gens plutôt aisés, n’a pas connu la violence mais a pourtant toujours eu une rage en lui. Devenu enseignant en informatique, il participe à une manifestation étudiante qui tourne mal. Des participants sont enlevés par la police et 43 sont assassinés. Alvaro échappe de peu à la mort et, traumatisé, enfermé en lui-même, part en marchant pour passer clandestinement aux États-Unis. Passionné d’informatique, il tente de se faire embaucher par Parker Hayes, une des figures majeures de la Silicon Valley. Mais il s’agit d’une espèce de savant fou qui rêve d’un homme augmenté et de devenir immortel et Alvaro est embauché oui… comme cobaye. Cela paye bien, pourtant avec l’aide d’Adèle Cara, une chercheuse française qui se demande de plus en plus ce qu’elle venue faire dans cette galère, va sonner l’heure de la révolte et débuter une longue cavale.
Le roman donne à voir quelque chose qui semble décousu, fait, comme le dit son auteur, de plis, de passages, d’hypertextes, comme si Internet n’en était pas seulement le fond mais aussi la forme. On y croise les transhumanistes et ceux, les hackers d’Anonymous, qui luttent contre le dévoiement d’Internet devenu un agent de la bêtise et de la vulgarité à la solde du capitalisme et de quelques allumés milliardaires, défendent l’utopie d’un outil permettant de casser la verticalité du savoir et du pouvoir grâce aux open source, aux logiciels libres… Bidouilleurs utopistes du San Francisco des années 1960-1970 contre nouveaux riches de la Silicon Valley. C’est aussi l’affrontement entre deux visions du corps, celle qui considère le corps comme une imperfection regrettable et celle qui veut redécouvrir l’animalité écrasée par l’histoire et la société. C’est un livre déroutant, on se laisse porter, on pioche des choses, il laisse au final une sensation un peu étrange.
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 Avis : **

Amour, vengeance et tentes Quechua / E. Billon-Spagnol. - Sarbacane, 2017. - (Exprim')

Au camping Momo's, c'est ambiance familiale ! Tout le monde se connaît, la bonne humeur règne, chacun étant content de se retrouver d'année en année. Tara connaît Adam depuis qu'ils sont tout-petits, mais cette année les retrouvailles n'ont pas le goût du bonheur simple attendu, à cause d'Eva, cette peste d'Eva, qui a des vues sur Adam, juste au moment où Tara se rend compte qu'il est incroyablement sexy.
Les chapitres s'immiscent alternativement dans les pensées des différents vacanciers, sondant les premiers élans amoureux des adolescents et les doutes existentiels de leurs parents. L'énergie des premières lignes contrastent avec la suite, plus âpre, désabusée, complexe, les sentiments y sont décrits avec leur part d'ombre.
Car Tara comprend cette année que la vie évidente et limpide est réservée à l'enfance. Les « deux semaines de rigolade » espérées se transformeront en prise de conscience, chez les adolescents et les adultes, des changements qui se sont joués en eux.
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