Viens, Émile, on rentre à la maison ! / H. Traxler. - La Joie de lire, 2018

La vieille Marthe et Émile vivent dans les alpages suisses, dans une cabane isolée. Ils forment une belle équipe mais les temps sont durs, Marthe a faim et on ne peut pas dire que les villageois alentours jouent la solidarité. Marthe  se résout à emmener Émile à l'abattoir. « C'est ce qu'on verra » pense Émile. Et Émile verra, tout comme Marthe. Devant l'abattoir, Marthe comprend et agit en conséquence.
Un grand talent de conteur et une belle modernité chez cet auteur que nous apprécions décidément beaucoup. 

Mentir aux étoiles / A. Chardin. - Casterman, 2018

Né avec une malformation cardiaque, Léon a toujours été fragile et par le fait surprotégé par sa mère. Il avait jusqu'ici l'aide d'une AVS à l'école, pour l'aider dans ses problèmes de concentration. Mais cette année, pour son  entrée en 6ème, il a décidé qu'il se débrouillerait seul, contre l'avis de sa mère plus inquiète que jamais. Son profil atypique, frêle, effrayé et spontané le désignent comme la victime idéale des gros durs du collège. Aux côtés de Salomé, une fille grosse vulgaire et très en colère, Léon regimbe, grandit. 
Ou comment un petit garçon trouve les ressources en lui pour se débarrasser de la peur, assumer sa différence et devenir un adolescent affirmé.
Le roman aux chapitres courts, avec une majorité de dialogues, le désigne aux lecteurs dès 10-12 ans.

La Bibliothèque noire / Cyrille Martinez. - Buchet-Chastel, 2018. - (Qui vive)

« Séjourneur, -euse, n.f. et m. – Celle, celui qui profite de la Salle de lecture pour y occuper un poste de travail sans utiliser les ressources documentaires de la Bibliothèque. Syn. Squatteur. » p. 107
Plus rien à lire ! Le narrateur se rend à la Grande Bibliothèque persuadé qu’il y a un livre pour lui qui l’attend. La première partie est assez didactique, on y aborde le déménagement de la Bibliothèque Nationale, le contenu des quatre tours du nouvel établissement, le travail de la bibliothécaire en salle, les espaces de consultations… Ayant trouvé le fameux livre, le narrateur cède la parole à celui-ci dans la seconde partie. Le livre nous fait part de ses craintes et angoisses : la disparition du plus gros lecteur, un historien, sous l’identité duquel on peut distinguer Robert Bonnaud, le remplacement des vrais lecteurs par des séjourneurs, le désherbage et bien sûr la numérisation. Troisième partie, troisième narrateur, la bibliothécaire est confrontée au cauchemar numérique et à la dématérialisation totale des fonds et des lieux mais une douce utopie, comme une éternelle renaissance, pointera le bout du nez. Ouvrage un peu bizarre où l’auteur semble s’être fait plaisir en se laissant porter par sa plume et son imagination. Pas déplaisant mais inutile d’en attendre beaucoup plus.
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 Avis : **

L’Archipel du Chien / Philippe Claudel. - Stock, 2018. - (Bleue)

Ce jour-là, sur une plage d’une île de l’Archipel du Chien faite de galets volcaniques, viennent s’échouer les cadavres de trois hommes noirs. Les habitants qui font cette découverte, la Vieille, Spadon et Amérique, font prévenir le maire qui arrive avec le docteur. Le groupe attire l’attention du jeune instituteur, non-originaire de l’île, qui faisait son jogging matinal. On emballe discrètement les corps dans une grande bâche, les charge sur une charrette, le maire exigeant le silence jusqu’à une réunion décisive du soir. Pour protéger le projet d’un complexe thermal qui créera de l’emploi et maintiendra la population sur place, l’édile décide de se débarrasser des corps sans prévenir la police, tous devront préserver le secret dans l’intérêt collectif, y compris le curé qui a appris la vérité en confession. Mais l’instituteur a mauvaise conscience et une espèce de commissaire un peu déséquilibré, totalement cynique et porté sur le whisky, débarque sur l’île, vient farfouiller dans leurs affaires.
C’est ici bien entendu une sorte de parabole de la crise migratoire contemporaine, les personnages sont peu détaillés, essentiellement représentés par leur fonction sociale, fonctions qui devraient théoriquement être aussi morales (le maire, le curé, l’instituteur). Hélas tout dérape, ce ne sont que des hommes, avec leurs faiblesses, île de pêcheurs et de pécheurs qui s’imaginent que pour vivre heureux il suffit de vivre cachés et de nier la réalité lorsqu’elle vient frapper à nos portes. Un bon roman où Claudel ne dépasse cependant pas nécessairement le niveau atteint avec Les Ames grises.
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 Avis : ***

La tribu qui pue / E. Gravel ; M. Le Huche. - Les fourmis rouges, 2017

Les enfants de la Tribu-qui-pue vivent dans les bois, dans une autonomie impressionnante. Côté propreté, ça laisse à désirer mais « on s'en fiche un peu, qu'ils puent, parce que personne n'est là pour les sentir à part les animaux. » Il y a une ombre qui plane néanmoins sur la joyeuse tribu : Yvonne Carré, excédée de n'avoir personne à standardiser et punir dans son orphelinat, est bien décidée à récupérer tous ces enfants trop libres à son goût. Les enfants sont ainsi capturés, tous sauf Fanette qui prépare la riposte. 
Lorsque enfance et monde adulte s'affrontent, liberté contre conformisme, il peut se passer des choses étonnantes, mais attention, sans concession !
Album ébouriffant, dans le fond et la forme !

Il était une fois la mauvaise humeur / L. Snicket ; M. Forsythe. - P'tit Glénat, 2018

Zélie n'a pas eu droit à une glace alors elle traîne sa mauvaise humeur. Elle retrouve le sourire en embêtant son frère, mais contrarie ainsi sa mère... Un nuage contrarié personnifie cette humeur ombrageuse et Lemony Snicket montre à quel point elle peut être contagieuse, mais aussi fragile. A nous de faire pencher la balance, pour nous-mêmes et notre entourage !

J'ai égaré la lune / E. Ji. - Nathan, 2018

Dans J'ai avalé un arc en ciel, nous avions quitté Puce amoureuse de Aiden. Quelques mois ont passé, elles ont décidé de se rendre une année au Japon pour Vivre pleinement. Elles sont emplies d'amour l'une envers l'autre et d'enthousiasme pour découvrir cette culture si différente. Mais Aiden doit rentrer aux États-Unis, l'attrait pour la nouveauté n'a plus la même saveur... Malgré tout, Puce, positive et bien décidée à saisir tout ce que la vie lui offre, ne se laisse pas abattre. Elle rejoint une colocation et la vie met justement sur son chemin... la tentation, alors que Aiden est si loin.
Des personnages avides de vivre, une bienveillance omniprésente et la non-violence qui s'ensuit, l'univers d'Erwan Ji est reposant et très agréable, qui prône « un monde sans normes, car sans normalité plus d'anormalité, sans étiquettes plus d'exclus, juste un océan de possibilités sans aucun jugement et une sensation de liberté infinie pour tout le monde ».

L'ourse bleue / N. Guilbert ; E. Halgand. - Des ronds dans l'O, 2018

La première page est saisissante : l'ourse bleue, au pelage presque boisé et scintillant, dort paisiblement dans la nuit enneigée. Lorsqu'elle s'éveille, deux yeux, deux flammes illuminent le décor. L'enchantement esthétique persiste. L'ourse trouve un enfant épuisé dans la neige, son empathie se heurte à sa peur des hommes, ceux-là même qui convoitent sa fourrure.
Le plaisir des yeux sera confirmé par la philosophie de la chute, non-violente, appelant au respect mutuel des espèces.

L’Affaire Mayerling / Bernard Quiriny. - Rivages, 2017

En ce début de 21ème siècle, ça bétonne sec à Rouvières. Des résidences dites de standing émergent un peu partout. Cependant dans la rue Mayerling un espace résiste, résistait du moins. Il s’agit d’un petit manoir de 1862 entouré d’un parc arboré. Son existence fut mouvementée, asile d’aliénés de 1905 à 1930, lupanar pour les nazis pendant la guerre. Se peut-il que les lieux aient une âme et qu’ils se révoltent parfois ? Toujours est-il qu’à la mort de la vieille Madame Ramut, ces filles vendent et qu’une société espagnole embauchant des ouvriers de l’Est élève une résidence Mayerling, grand luxe, le rêve concrétisé pour 25 foyers. Malheureusement très vite tout part à vau-l’eau : la pieuse Mme Camy est prise de pulsions libidineuses, d’autres virent mabouls, M. Flandrin voit son poids fondre tandis que Mme Lefebvre grossit à vue d’œil, Mme Chopard croise des fantômes, les amoureux Lemoine ne se supportent plus dès qu’ils sont dans leur appartement… D’autres encore sont en proie à des malfaçons : un garage moins long que leur voiture, une insonorisation déplorable ou des excréments qui remontent les canalisations et stagnent dans leurs WC. A un moment donné, plus de doute : ce sont les lieux eux-mêmes qui se révoltent et provoquent les multiples et incessants dérèglements. Il va falloir combattre.
On connaissait déjà le goût de Quiriny pour l’insolite, le loufoque, l’absurde. Aussi terrible que soit l’histoire, nous ne sommes pas dans du Stephen King et tout cela reste fort drôle. La construction des deux premières parties est originale et très agréable, la troisième et dernière plus classique (ça pourrait être du Mordillat…) Le tout offre un roman un peu décalé, bien plaisant, d’où la réflexion et la critique sociale ne sont pas absentes.
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Avis : ***

Community / Estelle Nollet. - Albin Michel, 2017

Comme dans Les Dix petits nègres d’Agatha Christie, ils sont dix, huit hommes et deux femmes, militaires et scientifiques français, sur la base scientifique de New Aberdeen, une île des terres australes. Lui, le narrateur, Charles-Charlie Cookers, néo-zélandais et français par mariage, a été choisi en dernière minute pour remplacer le cuisinier titulaire du poste. Tout se passe normalement, avec les difficultés propres à un groupe d’humains qui doivent vivre ensemble durant un an tout en remplissant diverses missions, solitude et promiscuité. Au bout d’un an, c’est la règle, la relève arrive, une équipe s’en va, une autre s’installe. On guette d’autant plus la venue du bateau que depuis quelque temps les systèmes de communication ne fonctionnent plus. Mais rien ne se passe, personne ne vient, une catastrophe a dû se produire.
Le groupe va devoir passer en mode survie. Sans être désagréable, le récit à un côté très classique, déjà lu et en plus approfondi. La description de l’activité sur la base est assez succincte, la présence de l’île pourrait être bien plus forte et plus précis ses paysages. L’auteur n’est pas avare en anglicismes, balafre la couverture de son roman d’un titre anglais, transforme sans utilité et de façon ridicule le mythique navire Le Marion Dufresne en Baron Dufresne (pourquoi ne pas avoir choisi le nom d’un explorateur écossais tant qu’à faire !) et, sans doute pour remercier la France pour sa résidence dans les TAAF, rebaptise New Aberdeen l’île d’Amsterdam.
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Avis : **

Soixante-douze heures / M.-S. Vermot. - T. Magnier, 2018

Irène a soixante-douze heures pour confirmer ou infirmer sa décision de confier son enfant à une famille d'adoption. Soixante-douze heures que nous vivons avec elle, entrecoupées de souvenirs d'enfance, de bribes de son histoire d'amour aussi intense que brève. Irène, visiblement impliquée dans sa grossesse et très attachée à son enfant, est confrontée à son premier choix d'adulte qu'elle veut éclairé mais que sa mère contrarie sans cesse. Entre urgence de prendre une décision et souvenirs qui affluent en écho, la transmission féminine du « gène de pouvoir et de manipulation » se dévoile de plus en plus, perdant ainsi de sa puissance.
Un roman cru, sensible, intelligent, exigent porté par un personnage principal d'une grande liberté.
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Un si petit coeur / M. Gay. - Ecole des loisirs, 2018

Sur le chemin de l'école, Nour trouve un oiseau blessé. Le renard du désert guette, prêt à l'avaler. Impossible pour Nour de rester insensible à son sort et de passer son chemin. Elle s'interpose, recueille l’oiseau et le soigne.  
Lecture très apaisante que de voir cette fillette, dans le grand désert hostile, veiller sur l'oiseau fragilisé avec tant d'implication et de sérieux.

Les mille visages de notre histoire / J. Niven. - Gallimard, 2018

Libby fut « la plus grosse ado d'Amérique » et même si elle a énormément maigri, elle ne passe pas inaperçue. Ce qui arrange plutôt Jack qui lui est incapable de reconnaître les visages, étant atteint de prosopagnosie et gardant son handicap secret. Avec Libby, tout est plus simple, pas besoin de trouver des subterfuges pour deviner à qui il s'adresse. Avec elle, il apprend la sincérité et la spontanéité mais il s'est comporté pendant tellement longtemps « comme un connard »,  par réflexe d'autodéfense, qu'il a du mal à perdre certaines habitudes. A l'inverse Libby, qui a vécu recluse, a plus de maturité, d'assurance. Son rêve : danser, et ce n'est pas le regard des autres qui l'en empêchera. Sa difficulté : lutter contre l'angoisse de perdre ceux qu'elle aime. Ensemble, ils vont apprendre à devenir eux-mêmes, sans peur. 
La violence des attaques dans le lycée n'est pas édulcorée, la vie y est difficile. Chacun choisit la défense qu'il peut, prédateur ou proie docile. Avec ses personnages, Jennifer Niven prend le parti de la sincérité et de l'ouverture aux autres.
 « C'est plus facile de donner aux gens ce qu'ils veulent. Ce qu'ils attendent.
Mais le problème c'est que, très rapidement, 
on ne sait même plus où est la frontière entre ce qu'on est vraiment et 
ce qu'on fait semblant d'être pour essayer de plaire à tout le monde »
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Duel au soleil / M. Marsol. - L'Agrume, 2018

Un indien et un cow-boy s'affrontent armes à la main. L'ambiance est aride, tendue, champs / contrechamps font monter la tension. Oups, un canard. Tiens un nuage. Attends, un train au loin. Autant dire que le duel annoncé ne finira pas en drame, avec une chute sans cesse ajournée.
Un Duel au soleil joue sur les codes cinématographiques du western (ne manque que la musique d'Ennio Morricone) avant d'emprunter à la comédie pour nous servir au final une histoire loufoque et déjantée.

Le jour où les ogres ont cessé de manger des enfants / C. Pierré ; L. Froissart. - Rouergue, 2018

Catastrophe, les ogres ne digèrent plus les enfants, leur plat unique et ancestral ! Ils tombent malades les uns après les autres, il faut donc se résigner : leur nourriture ne sera plus constituée que de fruits et légumes. Que faire dès lors des enfants parqués dans les élevages ?
Une révolution alimentaire et culturelle basée sur la fin des exploitations et la prise en compte des espèces ? Voilà qui devrait nous inspirer ! Et à en croire cette histoire, nous avons tous à y gagner.
Une fable contemporaine égalitariste aux illustrations courbes et enrobées.

Au firmament / Marius. - Ecole des loisirs, 2018

Un arbre, une caisse à outils, une amitié synchrone, de l'imagination à foison... Aiko et Nobou vont dépasser les limites, des branches et des cimes, en s'approchant toujours plus près du ciel, dans un jeu de construction magique bien que métallique.
Un graphisme simple pour un imaginaire poétique de tous les possibles.

La fille qui mentait pour de vrai / C. Grive. - Rouergue, 2018. - (DoAdo)

Kim ne comprend pas pourquoi elle ment sans cesse. Elle ment pour se rendre intéressante, ou parce que dans mentir, il y a « je m'en tire ». Mais elle est de plus en plus contrariée de son propre travers, de la confiance avec ses proches qui s'en trouve indéniablement bafouée. Elle constate surtout le tord et la souffrance qu'il induit, à travers le mensonge par omission de sa mère qui lui refuse le droit de savoir pourquoi son père est absent depuis si longtemps.
Il lui faut découvrir la vérité.
Comme dans Je suis qui je suis, Catherine Grive explore de façon sensible une personnalité en questionnement sur son identité (de garçon manqué), sur sa propension à mentir. Ses propres failles s'amplifient face à celles de ses parents. Dans sa quête de vérité, elle pourra enfin affronter sereinement la vie et ses tortuosités.

Une Rose et un Balai / Michel Simonet. - Ed. de la revue Conférence, 2018

« Je sais que cela peut paraître bizarre à certains, mais j’aime vraiment balayer, refaire les mêmes gestes, pousser mon char, ramasser un tas de feuille, racler un tapis de neige et fendre la glace. A-t-on la capacité d’un dé à coudre ou celle d’une citerne ? C’est la plénitude qui compte. » p. 153
Drôle de livre que ce texte d’un balayeur de rue de Fribourg, un peu poète et philosophe. Balayeur par vocation, prince de l’Ordurie, digne, ô combien !, représentant de la corporation des brahmanes du goudron (pour reprendre ses termes). Près de 30 ans de métier s’il vous plaît. Travail répétitif et lent certes mais qui permet une activité d’épicurieux. Il se régale ici à jouer avec les mots, à les triturer, autant qu’à observer, écouter, respirer lorsqu’il est dans la rue. Il déambule durant les quatre saisons, dès l’aube, armé de son balai et de sa charrette où il a fixé à l’angle droit une rose. Fier de sa noble tâche, de sa caste et du travail bien fait, il nous livre ses réflexions, ses anecdotes en intercalant quelques poésies de son cru. Hymne à la simplicité assumée et choisie. Une lecture agréable même si sans grandes prétentions.
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Avis : **

The hate U give = La haine qu'on donne / A. Thomas. - Nathan, 2018

A 12 ans, Starr a eu droit à deux conversations parentales, la première sur la sexualité ; la seconde, plus étonnante, pour lui expliquer que faire si un policier la contrôle. Un préambule nécessaire lorsqu'on est noir, d'autant plus dans un quartier pauvre américain en proie à la lutte des gangs. Un préambule que n'a pas dû avoir son ami Khalil, touché par 3 balles pour avoir manqué de docilité lors d'un contrôle de police. Starr assiste impuissante à sa mort.  
Depuis qu'elle est dans un établissement huppé, Starr a eu l’habitude de se dédoubler. Il y a la Starr de Williamson qui « ne donne à personne des raisons de penser qu'elle sort de la cité. » Et celle de Garden Heights qui a le verbe haut et la répartie immédiate. Depuis la mort de Khalil, le dédoublement devient difficile : comment supporter en silence les gens qui pensent qu'en tant que noir du ghetto vendant de la drogue, il aurait tôt ou tard fini par être descendu, comme s'il n'était qu'une statistique ? Si Starr désirait protéger son anonymat dans cette affaire qui fait grand bruit, la nécessité d'être la voix de son ami assassiné devient de plus en plus impérieuse. Starr, entourée de parents militants, prend la mesure de ce que signifie le Thug Life, le système qui écrase les plus pauvres : The Hate U Give Little Infants Fucks Everyone, ou La haine que vous transmettez aux enfants détruit tout le monde.
Un roman parfois dur à la voix salutaire !
« Tous les hommes noirs (portent) en eux la colère de leurs ancêtres. 
Une colère datant du jour où ils n'avaient pas pu empêcher 
les esclavagistes de s'en prendre à leur famille. »
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Jefferson / J.-C. Mourlevat. - Gallimard, 2018

Jefferson, jeune hérisson, se rend chez son coiffeur attitré. La porte est fermée, Jefferson est intrigué... Horreur ! M. Edgar a été assassiné. Et par un fâcheux concours de circonstances, c'est Jefferson qui est accusé. Une motivation sans pareille pour trouver le vrai coupable ! L'enquête le mène, avec son ami Gilbert, aux pays des humains, là où, au mieux, on regarde les animaux avec un dédain amusé. Ils comprennent pourquoi M. Edgar y venait régulièrement et clandestinement : il « militait depuis plusieurs années contre l'élevage, le transport et l'abattage industriel des animaux de boucherie. » Puis Gilbert, lors d'une nuit terrible, découvre que « le seul souci des humains, c'est comment tuer le plus de bêtes possible dans le moins de temps possible. » L'enquête prend évidemment une ampleur qui les mènera au militantisme. « Ce serait un très long combat et il faudra sans doute encore quelques décennies, un siècle peut-être, avant qu'on se demande comment on osait faire ça avant. » « C'est comme pour l'esclavage ou la torture, (...) on a pensé pendant des siècles que c'était normal. »
Un roman d'aventure pour les 10-14 ans, aux personnages très attachants, mus par un sens de l'amitié et de la solidarité renforcé dans l'adversité.