L'arbre et l'ombre de la lune / H. Romano ; A. Day. - Courtes et longues, 2017

Peut-on imaginer plus grand effroi que celui éprouvé par un enfant découvrant son père suicidé ? Comment vivre avec cette image, puis avec l'absence et les questions ? Avec la culpabilité de n'avoir pas suffi à empêcher le drame. Avec la gêne des adultes à prononcer des mots. D'ailleurs quels mots peuvent sonner juste pour expliquer ce geste définitif ?
C'est ce que tente cet album pudique qui met néanmoins des mots  sur « tout le vide que sa mort a laissé. »
Pour conclure l'album, une fiche destinée aux adultes aide à expliquer les morts violentes aux enfants.
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Oh, le beau jour ! / L. Smith. - Le Genevrier, 2017. - (Est-Ouest)

Grâce à Albert, le chat s'ébaudit dans le parterre de fleur, le chien dans l'eau, la mésange dans la mangeoire... Pour tout ce petit monde : Oh, le beau jour ! Mais voici que s'immisce l'ours, et tous ces petits bonheurs sont révolus. Sauf pour l'ours bien entendu qui les prend tous à son compte.
C'est injuste pour Albert et ses amis relégués à l'intérieur de la maison, mais à voir l'air ébahi de l'ours, on se dit que cela valait bien ce sacrifice !
Histoire simple et expressive pour vivre par procuration les petits plaisirs jouissifs de l'été.

Nils et le terrible secret / C. Clément. - Bayard, 2017

L'une a perdu son fils dans un incendie lorsqu'il avait 2 ans ; l'autre grandit sous l’œil exigent de son père. Alice, de visite en Laponie, croise par hasard Nils mais ne peut se résoudre à le quitter : il ressemble tellement à ce que serait devenu son fils ! Alors elle s'installe aux abords du village du peuple des Samis qui la voient comme une touriste n'ayant rien à faire parmi eux. Elle découvre la vie au plus près de la nature et au rythme des saisons, aux côtés de Nils et des rennes. Un mode de vie âpre et confronté aux enjeux de la modernité. Nils est personnellement tiraillé par cette problématique, à la fois admiratif de son père fervent défenseur de la tradition et attiré par les atours de la modernité. S'ajoute la révélation d'un secret de taille qui renforce le questionnement sur son identité. Mais quand on croit à la magie de la vie, tout se résout !
Un roman fort et original, à lire dès 9-10 ans.
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Comment maximiser (enfin) ses vacances / A. Percin. - Rouergue, 2017. - (DoAdo)

Se replonger dans les aventures de Max, c'est comme s'installer tout confort dans un couffin. On ne se souvient plus de tous les détails des trois premiers tomes mais on y est bien d'emblée. Les préambules tenus par chacun des personnages nous remettent dans le bain. Puis Max reprend la parole.
Premier moment hilarant lorsque notre bon vieux Max raconte son oral de Sciences Po où il illustre magistralement ses principales qualités, la curiosité, le sens de l'humour et la naïveté. Mais le jury ne partage pas notre enthousiasme et le trouve « hâbleur »... C'est un choc pour Max qui aurait tendance à se trouver irrésistible. « Il arrive un moment dans la vie où tu te rends compte qu'il ne tient qu'à toi de réussir ou de rater sa vie. Et ça fout un peu la trouille. Si ça se trouve, c'est ça, devenir adulte. »
Alors avant le grand saut de la rentrée, Max prend les choses en main et organise une tournée pour son groupe de musique (voir Comment devenir une rock star). Ils forment le groupe Kremlin à 4, « le carré magique » : Tonton Chris à la parole rare et profonde, Stéphane et Julius, respectivement incarnations de l'ordre et de la gentillesse, qui assurent le parfait équilibre entre la rigueur et les délires. Et Max bien sûr : «  Je fais sortir de moi tout ce qu'on ressent collectivement. (...) Je nous exprime. »
Les accompagnent également Kévin, « Monsieur Enthousiaste », Alex et sa verve toute particulière, Natacha reine de la psychologie et petite amie de Max et Alice, qui a passé « l'âge d'être une "petite sœur" ». En camping à Arcachon, toute la bande improvise, entre franches rigolades, petites crises de cohabitation et moments de gloire sur scène.
Max pourrait finir par taper sur les nerfs (avec sa «  personnalité autocentré » ?) mais il n'en est rien. Les quelques tics d'écriture sont bien sommaires comparés au plaisir de l'univers et du style. « La Maxitude, ce n'est pas une méthode d'écriture : c'est un art de vivre.  »









Gloria / M. Pouchain. - Sarbacane, 2017. - (Exprim')

« Elle ne fait que ça depuis qu'elle est née : essayer de se faire aimer. » Par sa mère d'abord, qui ne vit que dans le souvenir de son fils décédé. Par son prof de théâtre au lycée, qui la congédie dès qu'il la sait enceinte. Par le monde entier ensuite, quand elle tente sa chance pour devenir actrice à Los Angeles. Entre temps, elle a confié son fils à une dame en mal d'enfant. Mais lorsqu'elle réalise que d'une part ses rêves de gloire ne la mènent nulle part mais qu'en sus elle ne pourra plus avoir d'enfant, Gloria cesse d'être la poupée parfaite qui s'écrase devant tous et prend les choses en main. « Gloria n'a jamais eu beaucoup de chance dans sa vie, mais heureusement, il y a toujours eu un truc pour l'empêcher d'aller trop loin quand elle était sur le point de se perdre ». En l’occurrence, la frontière est ténue, le "trop loin" si proche...
L'histoire de Gloria est tracée dans les grandes lignes, le style sans ambages, avec cette récurrence d'un besoin assoiffé d'amour que seule la rencontre avec Jamie saura apaiser.

Le coupable / S. Alzial ; S. Touache. - Rouergue, 2017

Au moment de partir au travail, le bucheron ne trouve plus sa hache. Il cherche, fouille, farfouille, s'acharne et s'énerve : Rien ! En désespoir de cause, il s'apprête à demander à son voisin, et de réflexion en supposition, il en vient à la conclusion que c'est forcément son gentil voisin qui est le voleur de hache. Sa colère enfle, le voisin va en prendre pour son grade !!! Mais qui est le coupable en définitive ?
Leçon efficace sur la suspicion. Méfiez-vous de vous-même, un peu de patience avant d'accuser autrui ! Les illustrations en verts oranges saturés ne sont pas sans rappeler Blexbolex.

Nos années lumière / R. Stead. - Milan, 2017

Bridge a subi un terrible accident. «  Tu dois être venue au monde pour une bonne raison, petite, pour avoir survécu à tout cela. » lui dit alors une des infirmières. Depuis elle questionne sa vie, se demande si elle a un but, une destinée à accomplir. En attendant, sa vie ressemble à celle de toute jeune américaine : le collège, la famille, les amitiés, le corps qui change... Semblable oui, mais toujours un pas de côté. Des oreilles de chats sur la tête, une amitié avec Tab et Em, avec qui elles forment un "ensemble" (et non un club !) où toute dispute est interdite.
L'année scolaire se déroule dans un rythme indolent, qui nous tient malgré tout en haleine car on se demande qui est cette jeune fille (tu) qui occupe quelques chapitres, nous projetant, dans une tension, vers une saint-valentin qui n'augure rien de romantique. Et il faut bien dire que le charme de cette amitié bienveillante opère, a fortiori par opposition aux harcèlements environnants. Elles auraient pourtant matière à se brouiller. Mais « la vie, c'est pas quelque chose qui te tombe dessus. C'est ce que toi tu en fais, tout le temps. » 
Alors Bridge, Tab, Em et le personnage mystère s'évertueront à rendre leur vie et leur personnalité meilleures. 

Des Ames simples / Pierre Adrian. - Equateurs, 2017. - (Littérature)

« Après tout, nous sommes tous des âmes simples et perdues. Des hères qui rôdaillent en fond de vallée, incapables à la hauteur. Faibles à l'espérance. » p. 157
Au cœur d’une vallée pyrénéenne, Frère Pierre, sa vigie, un vieux moine curé, exerce là depuis un demi-siècle. Passe dans le monastère où il vit tout une faune bigarrée et souvent égarée. Pierre Adrian vient y passer un hiver et essaye de rentrer dans le mystère de ce prêtre, de dire l’intemporalité du lieu, l’importance du silence et de la fraternité, de raconter les petites gens de cette vallée (chevriers, paysans, clochards, militant pour le retour du train…) Il tente de percer l’âme des gens et des choses. Le récit prend parfois, à travers une galerie de portraits, l’accent de la bande dessinée de reportage type Davodeau et plus souvent encore, à travers une quête spirituelle qui tait son nom, fait immanquablement songer au Huysmans d’En route.
Venant d’un jeune homme de 25 ans, c’est étonnant, troublant de maturité dans la qualité de réflexion, dans le regard porté et dans la qualité stylistique. On est juste estomaqué par certains passages d’une beauté rare. Un auteur vraiment à suivre même s'il n’est pas évident de pronostiquer si c’est la littérature ou la spiritualité qui lui tend les bras. A moins qu’il ne réussisse à se maintenir dans un savant équilibre entre les deux.

Avis : ***

De longues nuits d'été / A. Appelfeld. - Ecole des loisirs, 2017. - (Médium)

Leur vagabondage est guidé par une démarche de pureté. Servir Dieu, placer ses actions sous son regard, œuvrer pour la justice. Sergueï, vieux et aveugle, guide Janek, lui apprend, par « les lois de la nature et les lois de la guerre », à devenir un "soldat" de la vie, tandis que Janek, du haut de ses 11 ans, écoute avidement tout en étant le vigie de son aîné. Ces leçons spirituelles s'ancrent de plus en plus dans un quotidien menaçant, tandis que l'on découvre les raisons de la présence de Janek auprès de Sergueï. Les injures, agressions se multiplient, violences préfigurant celles de la guerre, qui s'abattent de plus en plus jusqu'à terrasser nos héros et leurs proches.
C'est un roman puissant dans sa construction, qui se connecte à la nature, aux rêves et donne les bases d'une morale de justice et de générosité, avant de se confronter de plein fouet à l'ultra violence et l'horreur de la Shoah et de la guerre. Abruptement. La couverture paraît en cela décalée, le livre ne saurait se destiner aux plus jeunes. Mais les leçons de droiture sont acquises, comme une règle de vie pour mettre à distance l'innommable.
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Loup gris et la mouche / G. Bizouerne ; R. Badel. - Didier, 2017

Loup gris est dépité. Après avoir avalé une mouche, son hurlement n'est plus qu'un vrombissement ridicule. Et en plus il zozote ! Toute la meute se gausse, le chef le chasse en le sommant de retrouver son cri naturel.
Le loup s'en va donc la queue basse mais une idée lumineuse le requinque : s'il avale une araignée, celle-ci se chargera de dévorer la mouche dans son estomac. Las, l'effet n'est pas celui escompté, des fils lui poussent dans les oreilles ! Loin de se décourager, il entreprend de reconstituer la chaîne alimentaire dans son estomac, assimilant par la même occasion les caractéristiques des animaux avalés. C'est contrariant pour le loup, hilarant pour nous !
Dans ce troisième opus, Loup gris, plus victime que jamais, revient en force niveau humour grâce aux illustrations expressives de Ronan Badel et au texte de Gilles Bizouerne invitant farouchement à la lecture orale.

Mort au loup / P. Jalbert. - Seuil, 2017

Opération militaire en cours chez les trois petits cochons, il faut se débarrasser du loup. Cela en 3 temps :
Première étape : leçon de stratégie. Mais l'instructeur a bien du mal à coacher ses troupes.
Deuxième temps : l’appât, il faut ferrer le loup, avec une ruse de sioux.
Troisièmement : la confrontation loup/cochons. Mais le loup est décidément trop bavard pour laisser l'opération se dérouler comme prévu. 
Et enfin, la chute qui n'en finit pas de chuter nous réservant surprise après surprise. 
Ce conte détourné semble déjouer les standards du conte pour mieux nous mettre le doute. Les cochons un peu concons, le loup militant du « rapprochement des loups et des cochons », d'une ouverture et d'une gentillesse... louches ? Ne présagez de rien, laissez-vous séduire par l'humour de l'histoire porté par une narration dynamique, moitié album moitié BD.

Fragiles / S. Morant. - Hachette, 2017

Brittany est une jolie peste vivant à travers le regard des autres. Gabriel est  une « brute sans cœur qui brisait tout sur son passage ». Avec Vanessa, chacun d'eux se donne « le droit de laisser tomber le masque pendant un moment avant de remonter en selle de plus belle. » Tous trois font partie des "populaires". « On était simplement une bande de requins qui se toléraient pour mieux dominer les autres. » Leur mode de communication : « les sarcasmes, les piques et les dialogues à peine sérieux ». Entre Brittany et Gabriel, c'est le degré supérieur avec une guerre de mots constantes. La première a humilié le second qui compte lui rendre la pareille. Leurs joutes oratoires passent de l'agressivité au mordant, à la badinerie puis aux connivences et enfin aux confidences. Ils ont pour le moins une drôle de relation, « à peine amis, partenaires de jeux stupides et confidents à nos heures perdues ». Les remparts s'abaissent petit à petit, à mesure que se révèlent les failles et secrets des personnages. La brute verra en Brittany sa rédemption.
Deuxième roman d'une jeune auteure qui s'est fait connaître sur Wattpad. Le style est un peu trop appliqué pour ces narrateurs adolescents, quelques longueurs et redondances dans l'avalanche de drames, mais le lecteur reste tenu en haleine au gré des nombreux secrets révélés successivement pour chacun des trois personnages.
« Taire un secret, c'est un trou que l'on creuse lentement, 
involontairement, dans un sol boueux.
Et c'est le jour où il est découvert
que l'on se rend compte qu'on a creusé sa propre tombe. »
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Les Vies de papier / Rabih Alameddine. - Les Escales, 2016

« Essayer de connaître un autre être humain me semble aussi impossible, et aussi ridicule, qu’essayer d’attraper l’ombre d’une hirondelle. » p. 252
Aaliya Salch est une vieille libanaise, mariée à 16 ans, répudiée à 20, sans enfant, jamais remariée et se sentant toujours mal dans la rigidité des conventions sociales de son pays. Elle s’est recréée un monde plus ouvert à travers les grands auteurs de la littérature mondiale qu’elle traduit depuis un demi-siècle pour son propre plaisir, sans jamais publier, ni même communiquer le résultat de son travail. Sa vie et ses souvenirs sont marqués essentiellement par ses relations féminines. Celles avec ses trois voisines, son amitié avec la défunte Hannah ou encore ses rapports conflictuels avec sa mère. Elle s’épanche à travers cette pérégrination dans le Beyrouth d’aujourd’hui encore marqué par les traces guerrières d’hier. Je dois avouer qu’au final ce roman digne d’intérêt, Prix Femina 2016, m’a pourtant paru bien long et parfois un peu pédant.
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 Avis : **

Conversations avec un enfant curieux : instantanés / Michel Tremblay. - Actes Sud/Leméac, 2017

« Quand tu sors de ton coin pis que tu te mets à poser tes maudites questions, t’es t’épuisant quequ’chose de rare ! » p. 142
A presque 75 ans, Michel Tremblay retranscrit quelques moments de son enfance, décidément un puits sans fond, celle d’un petit garçon qui veut tout comprendre et tanne son monde avec des questions importunes à n’en plus finir. Enfant curieux ou curieux enfant ? Un ensemble de brefs récits avec des dialogues succulents même s’ils n’apporteront cependant pas grand-chose de plus à une œuvre déjà riche.

 Avis : **

Vite, à la maison ! / Y. Kasano. - Ecole des loisirs, 2017

Ce petit garçon qui rentre à la maison et salue tous les habitants, animaux, humains et robot, est contagieux dans sa bonne humeur. A travers ce tour de présentation, le lecteur découvre un intérieur japonais et quelques-uns des us et coutumes. 
Histoire toute simple et gaie.
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L'ourse / J. R. Alonso ; L. Cobo. - Didier, 2017

L'automne est là, il faut se préparer pour l'hibernation : se nourrir des derniers fruits, creuser un terrier et enfin se retrancher, durant tout l'hiver. Au printemps, la vie reprendra, enrichie.
L'illustration de Lucia Cobo est impressionnante, l'animal et la nature se fondant dans des inventions graphiques renouvelées, aussi belles que symboliques.
Sobre et puissant. Et beau. Et apaisant. Et tellement plus.  
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Le Perroquet / Espé. - Glénat, 2017

Espé raconte ici l'histoire de la maman de Bastien, 8 ans, qui souffre de problèmes bipolaires à tendances schizophréniques. Troubles qui se manifestent dès la naissance de Bastien et qui sont de plus en plus sévères. Ses proches sont désemparés même si le père de Bastien fait tout pour aider son épouse. Et la vie de Bastien est faite de séparations et de retrouvailles avec cette mère tourmentée.
S'inspirant de sa vie personnelle, Espé nous livre une BD poignante, réaliste. Les chapitres brefs permettent de voir cette maladie dans toute sa complexité. Les couleurs unies de chaque chapitre de même que le graphisme sont dans l'ambiance. Les différentes séquences changent de couleurs (bleu,vert...). Le couleur rouge exprimant toujours les situations de crises qui entrainent l'internement dans différentes institutions psychiatriques, asiles.
Cette BD qui ne laisse pas indifférent est à classer avec des BD comme Goupil ou Face, la différence invisible.

De l'autre côté / S. Casta. - T. Magnier, 2017

Vanessa, qui tenait lieu de mère à Elina, meurt dans un accident de voiture. Le soir, son père -« imprévisible et capricieux »- gagne au loto. Tous deux, à la recherche « d'autres valeurs, d'une autre vie » et en quête de signes, se demandent quoi faire de cet argent en de telles circonstances. C'est sur une étrange maison à la campagne que se porte leur choix. Une maison qui semble habitée : « J'ai l'impression d'y être de passage. Une invitée qui vient d'ailleurs », se dit Elina. L'attraction est telle qu'ils décident de s'y installer, malgré tous les obstacles évidents. 
A partir du moment où elle habite la maison, Elina perd le contact avec la réalité, celle de la société en tout cas, mais s'ouvre grand à d'autres voix. « Cette année de deuil a ouvert tous mes sens en grand et m'a rendue hypersensible. » Il y a Aron également, au passé trouble, qui fait désormais partie des habitants de cette maison. Ensemble, ils redonnent un sens à leur vie brisée. 
C'est un roman éthéré, envoutant comme l'est cette maison. L'auteur donne à entendre ses personnages bien sûr (de préférence « le genre de personne qui fait que la Terre accepte de tourner encore un peu »), mais également la nature et les animaux. Les autres vies, juste à côté, qui deviennent tangibles lorsque les remparts du quotidien se brisent.
« Il y a aussi autre chose, non ? Je dis. 
Quelque chose de beaucoup plus grand.
Quelque chose que nous ne parvenons pas à comprendre. 
Quelque chose d'absolument incompréhensible. »
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L'été de Summerlost / A. Condie. - Gallimard, 2017

Leur famille, c'était 2 parents et 3 enfants. Mais l'accident l'a éclatée, explosée, ils ne sont plus que 3,  Cedar, son petit frère Miles et leur mère. Cet été-là, le premier depuis l'accident, ils aménagent dans une nouvelle maison, chacun reprend pied dans la vie à sa façon, chacun de son côté mais dans une attention à l'autre manifeste. Cedar, intriguée par Leo, le suit sur le festival shakespearien de Summerlost. « Je voulais suivre le mouvement, monter à bord de son esprit telle une auto-stoppeuse, afin que mon cerveau soit occupé, lui aussi. » Et ce job d'été l'absorbe effectivement, avec des mystères à résoudre autour de la star locale, et les activités parallèles de Leo. Oui, Cedar est fort sollicitée, ce qui ne l’empêche pas d'avoir Ben et son père en tête, présences subtiles et délicates.
Tout le charme de ce roman réside dans la justesse des émotions, nées de la promiscuité entre la douleur de la perte et la force de vie de cette famille désarticulée. En cela, Cedar est un personnage bouleversant, luttant pour ne plus avoir le cœur brisé. Au côté de son complice Leo, elle parviendra même à se projeter dans l'avenir.

Patate / A. Louchard. - Seuil, 2017

L'humain se cache hors illustration pour apostropher son chien. Rapporte, Patate ! s'échine-t-il à répéter en lui balançant des objets toujours plus volumineux. D'abord interloqué puis quelque peu effrayé, Patate ne bronche pas. Mais aura le dernier mot pour souffler cet humain irrespectueux. 
Un album joyeusement facétieux  comme sait les concocter Antonin Louchard.